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Du Teikei aux AMAP - Le renouveau de la vente directe de produits fermiers locaux

Un ouvrage sous la direction de Hiroko Amemiya (PUR, Coll " Economie et société", 2011)

publié le mercredi 4 mai 2011

Domaine : Anthropologie , Sociologie

Sujets : Consommation

     

Par Marie Opoczynski [1]

Nourri de contributions de chercheurs Français et Japonais, cet ouvrage constitue une approche inédite du renouveau de la vente directe de produits fermiers locaux (Tekei au Japon ; AMAP, Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne en France). Elle questionne par ce biais le fonctionnement actuel de nos sociétés.

Le système du Teikei s’est mis en place dans les années 1970 au Japon : Suite à de graves incidents sanitaires et environnementaux, des femmes au foyer, citadines et aisées, se sont regroupées pour acheter collectivement des aliments sains directement à des producteurs agricoles. Face à la modernisation à tout va de l’agriculture, elles souhaitaient promouvoir une agriculture qui ne rendrait ni la terre, ni personne malade. Les labels ne sont pas nécessaires, la relation consommateur/producteur est fondée sur la confiance et va bien au-delà du lien commercial. La vente est un détour pour établir des relations. Dans chaque point de vente, les femmes attendent les agriculteurs amenant les livraisons hebdomadaires en camionnette, avec un sourire et un thé. Le système est élaboré au fil des expériences, dans une structure participative où chacun intervient. Aujourd’hui, les fondateurs sont toujours membres actifs de ces réseaux. L’autosuffisance est une condition requise de l’autonomie des paysans. ICHIRAKU, père fondateur du mouvement Tekei, prêche l’esprit d’autonomie et l’entraide pour mieux vivre ensemble. La diversité est une richesse, une attention envers les autres est l’acte le plus louable pour mieux vivre ensemble. Trois principes fondent nombre de ces démarches : les prix sont fixés par les producteurs ; les consommateurs acceptent la totalité des produits récoltés ; en cas d’aléa, la perte est compensée par les consommateurs.

Un autre exemple aborde la collaboration entre des consommateurs et une coopérative pour créer une variété de riz, sain et peu cher et permettant de soutenir une vie rurale fondée sur la riziculture et de partager une conscience régionale écologique. La surproduction de riz a été endiguée grâce à son utilisation pour nourrir les porcs, permettant de surcroît d’éviter l’usage de céréales OGM. 

De nombreux parents ont également milité pour que les repas des cantines scolaires ne soient plus préparés par des groupes sous-traitants (plus onéreux), mais par des cuisiniers valorisés (des postes non précaires, ils mangent avec les enfants). L’introduction de produits locaux n’est rendue possible qu’avec la cuisine de l’école, pour préparer en petite quantité. Le contact direct entre cuisiniers et agriculteurs permet d’introduire des produits non standards et de prendre place dans des débats d’ampleur nationale : dès 1987, demande du retrait du bisphénol A des assiettes scolaires (car perturbe le système hormonal humain), puis refus des OGM. 

La place de la femme est largement évoquée dans cet ouvrage, notamment à travers l’exemple d’un réseau qui s’est constitué au travers le voyage dans différents fermes européennes, et surtout dans la préparation de celui-ci : début d’une certaine autonomie financière par la valorisation et la vente directe des productions rurales, acquisition préalable d’éléments de connaissance sur les civilisations européennes. Ce périple a ensuite alimenté de nombreuses réunions-conférences à travers tout le pays.

Plusieurs cas français sont ensuite décrits tels que la vente par des coopératives ou des AMAP, le maraîchage biologique comme support d’insertion ou de vie associative. Ils illustrent la différence fondamentale avec le Tekei : l’initiative d’une AMAP revient aux consommateurs qui soutiennent un producteur alors que pour le Tekei, il s’agit d’une mise en relation véritablement mutuelle entre égaux.

La dernière partie souligne en quoi ces pratiques contribuent à repenser le fonctionnement de nos sociétés.
Morceaux choisis : Le retour des petits commerces de proximité est à promouvoir, faute de quoi on connaîtra une dichotomie entre une vente directe réservée aux plus aisés et des grandes surfaces pour les pauvres. Les petits commerces sont nécessaires au fonctionnement quotidien des quartiers, voire indispensables pour les personnes âgées et les handicapés. La vente directe est une solution intéressante, mais uniquement pour une élite. Il n’y a pas de vente directe pour tous, sauf dans les sociétés primitives. Elle ne peut fonctionner sans les grandes surfaces, débouchés indispensables pour les producteurs et fournisseurs stables pour les consommateurs. Les grandes surfaces importent une grande partie de leurs produits, ou travaillent avec les grands producteurs nationaux, au détriment des plus petits.

« La viande d’un boucher est généralement plus fraîche que celle d’un supermarché car un boucher débite de la viande au moment où un client arrive. La plupart des clients d’aujourd’hui, cependant, mettent toute leur confiance dans l’indication réglementaire et mécanique des grandes surfaces ». (H.TATENO, agriculteur).

Les produits bios n’ont aucune raison d’être plus chers. Ce sont les produits de l’agriculture conventionnelle qui ont perdu cette valeur primordiale du goût et d’être bons pour la santé. La méthode de la rareté est efficace pour redynamiser l’économie locale mais ne convient pas à l’agriculture bio destinée à tous. Le coût élevé de cette dernière serait justifiée par le coût élevé de la main d’œuvre, justifié par l’importance des soins requis. Or, il convient de développer les méthodes agricoles qui exigent peu d’intervention humaine et qui s’appuient sur l’aide de la nature. Elle est indispensable, mais peu valorisée.

Les produits agricoles ne sont pas des marchandises. Les consommateurs qui reçoivent des « soutiens au maintien de la vie » (H.TATENO), des aliments qui relient les hommes à la vie, les renvoient sous forme d’argent ou de travail. « C’est un acte téméraire et préoccupant que d’acheter des légumes dont ne sait pas par qui et comment ils ont été cultivés ». (H.TATENO)

NOTES

[1Chargée de Mission des Territoires OPH de l’Aisne

Note de la rédaction

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