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Enfance et culture. Transmission, appropriation et représentation

Un ouvrage sous la direction de Sylvie Octobre (DEPS, Questions de culture, 2010)

publié le lundi 7 mars 2011

Domaine : Sociologie

Sujets : Genre , Culture , Jeunesse

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Par Elsa Zotian [1]

Cette publication, qui rend compte de plusieurs enquêtes qualitatives portant sur les pratiques culturelles des enfants, constitue une étape importante dans le développement de la socio-anthropologie de l’enfance en contexte francophone. Elle s’inscrit dans la continuité des travaux initiés depuis plus de six ans en matière de connaissance des pratiques culturelles des plus jeunes par l’équipe de Sylvie Octobre au sein du DEPS. D’abord sortis de l’invisibilité statistique grâce à l’enquête sur les loisirs culturels des 6-14 ans publiée en 2004, les enfants sont désormais appréhendés en tant qu’acteurs culturels dans des enquêtes qualitatives dont les résultats entrent en résonnance avec ces données quantitatives.

Cet ouvrage constitue donc un premier aboutissement de l’effort entrepris par les socio-anthropologues francophones pour rendre légitime le croisement de ces deux « petits » objets que sont la culture et les enfants, comme le rappelle Régine Sirota en introduction. La sociologue, pionnière du champ, retrace pour commencer la généalogie épistémologique de l’objet, montrant qu’il est le fruit d’une convergence entre différentes sources, de la philosophie politique à la sociologie de la reproduction sociale en passant par l’anthropologie, les cultural studies et les pratiques culturelles des tout petits. Elle revient dans un second temps de son introduction sur le paradigme de l’enfant acteur, qui est au fondement des nouvelles recherches sur les enfants et passe par une rupture avec le regard adultocentrique. Il ne s’agit plus, comme cela a été longtemps le cas dans les sciences sociales, de considérer les enfants comme des « êtres en devenir », caractérisés par leur incomplétude, mais comme des « êtres au présent », dotés de capacités d’agir sur le monde. La sociologue met donc en parallèle le concept anglophone de « child agency » et son équivalent français « d’enfant acteur » ou « métier d’enfant », l’un et l’autre élaborés à partir d’une critique du concept traditionnel de socialisation. R. Sirota évoque pour finir la question de la méthode d’enquête qui n’est pas directement traitée dans l’ouvrage mais mériterait sans doute, à ce stade de développement du champ, un nouvel état des lieux critique.

L’ouvrage est ensuite organisé autour de quatre thématiques, distinguant d’un côté des types de pratiques, de l’autre des questions de recherche. Les enquêtes présentées en première partie s’intéressent aux pratiques culturelles légitimes que sont la visite de musée et de monument, et plus accessoirement la lecture ; objets classiques de la sociologie de la culture s’il en est, mais dont le caractère savant se trouve ici quelque peu bousculé par les appropriations et les réceptions enfantines décrites (association enfantines entre les œuvres d’art et les produits culturels de masse, prédominance des sens dans leur appréhension de ces dernières, etc).

La partie suivante aborde les pratiques moins légitimes que sont les usages médiatiques des enfants et préadolescents. Les deux articles qui la composent apportent des connaissances inédites sur la façon dont les enfants se construisent un « parc à jouets » numérique et apprennent à jouer aux jeux vidéos, mais surtout sur la manière dont ils se socialisent via internet. Nous reviendrons en fin de présentation sur cette dernière étude, qui constitue selon nous l’article le plus novateur de l’ouvrage.

Une troisième partie se penche sur la question du genre dont on sait à quel point elle est déterminante pour comprendre la construction des goûts culturels chez les enfants. Un premier article analyse les « scénarios corporels » mis en scène dans les supports culturels à destination des enfants (magazines, séries tv, jeux vidéos) en fonction du genre des héros. Elle montre une forte stéréotypie de genre dont on aurait aimé savoir à quel point elle est perçue, intériorisée, remise en cause par les enfants. Le second article porte sur la différenciation et la hiérarchisation sexuée dans les activités culturelles et sportives des enfants. Reprenant le concept de « régimes de genre » proposé par R. W. Connell, Chistine Menesson et Gérard Neyrand montrent comment les rapports sociaux de sexe varient selon les structures de loisirs étudiées, non seulement en fonction du style d’activité pratiquée, mais aussi du milieu social des familles et du degré de sensibilisation des animateurs aux questions de genre. Les auteurs repèrent ainsi que certaines configurations favorisent la conformité aux normes sexuées, tandis que d’autres permettent de partiels réaménagements.

La dernière partie de l’ouvrage revient sur la question de la transmission des pratiques culturelles. En effet, le passage à l’adolescence se caractérise bien souvent par l’abandon de pratiques investies pendant l’enfance et l’orientation vers de nouveaux objets et pratiques culturelles, dont l’appréhension nécessite de reconfigurer en partie le modèle classique de la reproduction des goûts culturels. Les formes d’investissement changent aussi puisque l’adolescence est souvent le temps où émergent des « activités-passions ». Ainsi sont proposées des trajectoires de jeunes en matière culturelle et mise en avant la « logique de tri » que les enfants et les adolescents mettent en œuvre pour arbitrer entre les injonctions de la famille, de l’école et des pairs en matière culturelle.

Soulignons que les questions du genre et de la transmission, traitées dans les deux dernières parties, traversent en réalité l’ensemble des études présentées dans l’ouvrage. Ainsi, la question de la transmission est au cœur du deuxième article sur les enfants et les musées qui tente d’évaluer l’influence du contexte familial sur le goût des enfants pour ces établissements culturels. De la même manière, on apprend dans la seconde partie que ces nouveaux supports culturels que sont les jeux vidéos constituent pour les enfants des marqueurs de genre fortement discriminants.

Pour finir cette présentation, revenons sur l’article intitulé « La préadolescence assistée par ordinateur : de la culture connectée aux tensions identitaires », proposé par M. Azam, J. Chaulet et J-P Rouch. Il documente des pratiques aujourd’hui prédominantes dans les sociabilités juvéniles et jusqu’à présent peu étudiées en contexte francophone. Allant bien au-delà de la question de la multi-activité à travers laquelle ont été généralement abordés jusqu’à présent les usages médiatiques des enfants en sciences sociales, cet article donne des clefs pour comprendre ce que signifie grandir à l’ère du numérique. Il montre comment, à travers leurs pratiques de l’internet, les préadolescents construisent et mettent en scène un certain rapport à soi où les pairs sont omniprésents. L’équipement en micro-informatique et la connexion internet constituent un dispositif amplificateur des formes envahissantes de sociabilité propre à l’adolescence. Les auteurs analysent ainsi les injonctions à la joignabilité que les pairs exercent les uns sur les autres, mais aussi les stratégies mises en œuvre par les jeunes pour y échapper. L’article analyse également le blog comme outil de publicisation et de production de soi, à travers la mise en scène de valeurs et de goûts culturels, où se donne à voir cette tension caractéristique de l’adolescence, entre désir d’être unique et désir d’appartenir au groupe. A travers les blogs sont également exposés les réaménagements identitaires des préadolescents. De ce point de vue, l’article donne corps à l’idée de « démarche narrative quasi obligée de l’adolescence post-moderne » évoqué dans l’avant dernier chapitre de l’ouvrage en référence aux travaux d’A. Giddens.

NOTES

[1] Anthropologue de l’enfance, jeune chercheur rattaché au Centre Norbert Elias (EHESS Marseille)

Note de la rédaction

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