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L’Emeute de novembre 2005

Un ouvrage de Gérard Mauger (Ed. du Croquant, septembre 2006, 157 p., 13,50€)

publié le lundi 6 novembre 2006

Domaine : Sociologie

Sujets : Ville , Politique , Jeunesse , Violence

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Par Igor Martinache [1]

Un an après le déclenchement de ce qu’il est convenu d’appeler "les émeutes de novembre 2005", Gérard Mauger propose un retour sur cet événement, qui a fait couler bien plus d’encre que de sang. De nombreux ouvrages ou articles ont ainsi déjà été consacrés à cette question. Mais plutôt que d’avancer une énième « exégèse » de la crise, Mauger choisit au contraire de s’appuyer sur cette abondante littérature pour réaliser ce qu’il appelle « une sociologie de l’actualité ». Il y part du principe que l’actualité tend à imposer un découpage de l’objet particulier au sociologue, où les représentations des faits, qu’elles soient journalistiques, politiques ou scientifiques, font partie de l’événement au même titre - si ce n’est plus - que les faits eux-mêmes. Telle est donc la tâche que s’est assignée Gérard Mauger : s’efforcer de mettre à nu les enjeux symboliques derrière les discours portés sur les émeutes de novembre dernier, qu’ils aient été favorables ou défavorables à leurs participants. On pourrait être tenté malgré tout de reprocher à un tel travail de ne s’appuyer sur aucun matériau de première main - étude ethnographique ou analyse statistique - mais ce serait oublier que son auteur connaît malgré tout bien son sujet, puisqu’il enquête depuis plus de 20 ans sur la jeunesse populaire.

Gérard Mauger s’efforce dans un premier temps de reconstituer le plus objectivement possible les faits, pour la bonne raison que leur établissement même participe d’une lutte symbolique entre les tenants du discours public. Ainsi, le déclenchement comme la diffusion de l’émeute ont-t-il donné lieu à des versions pour le moins contradictoires. Tout a commencé, rappelons-le, le 27 octobre 2005 à Clichy-sous-Bois, par une course-poursuite entre policiers et adolescents. Trois d’entre eux se réfugient dans un transformateur électrique et reçoivent une décharge de 20.000 Volts. Bouna Traoré et Zyed Benna meurent électrocutés. Muhittin Altoun, lui, s’en tire mais est grièvement brûlé. Des « morts pour rien » qui donnent lieu le soir même à des actes de violence dans les quartiers dont sont originaires les victimes. Or, cette violence redouble et se diffuse, notamment suite à de nouvelles déclarations du Ministre de l’Intérieur. Soucieux de dédouaner les policiers, celui-ci affirme en effet que les adolescents étaient en train de cambrioler une cabane de chantier et qu’ils n’avaient pas été physiquement poursuivis, ce qui est rapidement démenti. Quoiqu’il en soit, les émeutes juvéniles se diffusent rapidement à la région parisienne, puis au reste du pays, durant au total trois semaines. Si leur mode opératoire peut être jugé « classique » depuis les rodéos des Minguettes de 1981 - incendies de voitures, affrontements avec les CRS et dégradation de bâtiments publics-, ces émeutes n’en apparaissent pas moins exceptionnelles par leur ampleur et leur durée. Au point que le 9 novembre, le gouvernement décrète l’état d’urgence, en application d’une loi de 1955, adoptée au début de la guerre d’Algérie.

Deux éléments nourrissent les débats d’interprétation. D’une part, le bilan exact des événements, et de l’autre les propriétés sociales des émeutiers. Il apparaîtra que loin de concentrer des jeunes d’origine maghrébine ou d’Afrique noire déjà habitués aux actes délinquants, comme l’affirment alors certains, les rangs des émeutiers semblent largement composés de jeunes mineurs de toutes origines, et qui n’avaient jamais été condamnés auparavant.

Gérard Mauger s’efforce ensuite de répertorier l’éventail des prises de position autour de l’événement. Celles-ci sont d’autant plus foisonnantes que les acteurs eux-mêmes sont restés « silencieux ». Dans cette « émeute de papier », Mauger distingue ainsi dans un premier temps les entreprises de disqualification politique, qui s’appuient elles-mêmes principalement sur quatre types d’arguments : juridiques (« les émeutiers sont des délinquants »), moraux, culturels (« le nihilisme des jeunes de banlieue ») et « ethnico-religieux » (« la polygamie » ou « l’islamisme radical »...). Puis il passe ensuite en revue les entreprises au contraire d’habilitation politique. Pour leurs tenants, les émeutes seraient politiques de fait, parce que leurs causes ou leurs conséquences sont politiques. Certains voient ainsi dans ces émeutes la révolte du « précariat », incarnation moderne du Lumpenproletariat dont le mouvement ouvrier était déjà embarrassé. D’autres mettent davantage l’accent sur la ghettoïsation des quartiers. Certains mouvements enfin ont tenté de récupérer les émeutes pour en faire le début du soulèvement des « minorités visibles », non sans créer un amalgame discutable entre la situation des populations immigrées et les peuples colonisés.

Rappelant que les mouvements sociaux nécessitent un certain temps pour se mettre en forme, Gérard Mauger renvoie finalement les deux familles d’« exégètes » dos à dos. Sans réfuter toute intention politique aux jeunes émeutiers de novembre 2005, il fait en quelque sorte l’hypothèse qu’ils sont restés silencieux parce qu’ils n’avaient simplement encore rien à dire. Plus que sur un message, ces émeutes ont peut-être en fin de compte surtout reposé une question essentielle : celle de la distance entre les porte-parole politiques et les couches populaires. Mais cette question, un an après, on peut se demander combien parmi les responsables d’un bord comme de l’autre, l’ont vraiment entendue.

NOTES

[1Igor Martinache prépare l’agrégation de sciences économiques et sociales à l’ENS Lettres & Sciences Humaines (Lyon).

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