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L’ethnographie économique

Un ouvrage de Caroline Dufy et Florence Weber (La Découverte, coll. "Repères", 2007, 122 p.)

publié le lundi 16 juillet 2007

Domaine : Anthropologie

Sujets : Economie

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Par Benoît Ladouceur [1]

Cet ouvrage vient compléter celui de Philippe Steiner présentant dans la même collection La sociologie économique. Ainsi, la sociologie économique s’intéresse plus aux relations sociales entre agents économiques, en proposant d’autres clés de lecture que celles de l’économie. L’ethnographie économique reprend ce questionnement général, mais avec une démarche plus ouverte et tournée vers les méthodologies propres à l’anthropologie et à l’ethnologie. L’ethnographie économique s’est également développée dans les années 1980 au moment de la remise en cause du partage disciplinaire entre l’anthropologie dédiée à l’étude des sociétés traditionnelles, et la sociologie propre aux sociétés occidentales. Ce mouvement n’a pas forcément renforcé l’anthropologie en France, qui traverse une crise institutionnelle. L’ethnographie économique est alors présentée davantage comme une posture croisant des disciplines différentes (anthropologie, sociologie, microhistoire, économie), revenant sur l’idée de Talcott Parsons d’un Grand Partage entre l’économie et la sociologie, mobilisant des méthodologies qualitatives complémentaires. Cette plasticité en fait d’après les auteurs une approche particulièrement adaptée à l’analyse de l’économie « multiple et globale née en 1989 avec la fin de la guerre froide ».

Après avoir tracé l’histoire de l’émergence de la sociologie, puis de l’ethnographie économique apparue dans les années 1980, l’ouvrage revient sur les premiers concepts établis par les précurseurs de l’anthropologie économique : Mauss pour le don / contre-don, Malinowski pour la kula ou encore Boas pour le potlatch. Ces auteurs sont mobilisés car ils ont été les premiers à conceptualiser, à partir de données empiriques, les formes et enjeux des échanges. Ces analyses ont structuré la réflexion des auteurs contemporains, notamment celle de Bourdieu qui a montré avec pertinence les tenants et aboutissants des échanges considérés comme gratuits mais non dénués de règles de calcul et de comparaison. Ainsi, la durée qui s’écoule entre deux dons, par exemple entre le fait d’être invité à un repas chez des amis et le moment ou on va leur « rendre leur invitation », permet de masquer le calcul d’équivalence qui est à l’œuvre dans cet échange. Cette analyse de Bourdieu est heuristique pour les auteurs car elle permet notamment de relativiser la séparation trop nette que tendent à faire les analystes entre le don gratuit et désintéressé et l’échange marchand purement rationnel.

Le chapitre trois présente la monnaie sous un autre point de vue que celui des économistes orthodoxes, pour lesquels la monnaie n’a pas d’autre valeur que de permettre l’échange dans une économie régie par la fixation optimale des prix grâce au mécanisme de tâtonnement du marché. L’ethnographie économique cherche au contraire à montrer la dimension constructiviste et dynamique des institutions du marché et de la monnaie. Finalement si le marché est une construction sociale efficiente capable d’évoluer selon les acteurs en présence (le marché est suffisamment malléable pour prendre en compte la demande des acheteurs de produits du commerce équitable), c’est notamment parce qu’il est une « fiction efficace », « un référent par rapport auquel les agents construisent les transactions concrètes ».

De ce point de vue le partage entre des sociétés dites primitives, caractérisées par l’absence de marché, et les sociétés modernes dotées d’un marché unidimensionnel est encore une fois à relativiser. Ainsi, il n’existe pas de marché pour chaque produit, mais un grand nombre de niches qui correspondent à des produits différenciés. C’est par exemple le cas du jambon vendu dans les grandes surfaces. Le jambon standard n’existe pas. L’emballage permet de différencier les jambons en multipliant les marchés et les choix à faire pour les consommateurs.

Les auteurs affirment leur volonté de promouvoir les travaux transdisciplinaires, mais la présentation qu’elles font de recherches très spécialisées indique tout de même, cela dit, la persistance de cloisonnements disciplinaire bien réels. De la même manière, si l’ethnographie économique repose sur une posture qui mêle différents courants de pensée, il n’en reste pas moins vrai que les influences des différentes écoles sont fortes dans les travaux d’ethnographie économique. Il nous semble que le poids de ces courants se manifeste dans les débats épistémologiques et politiques qui tendent à marquer durablement les relations conflictuelles entre économie et sciences sociales.

NOTES

[1Professeur de sciences économiques et sociales à Villefranche-sur-Saône.

Note de la rédaction

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