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Le temps des immigrés. Essai sur le destin de la population française

Un ouvrage de François Héran (Seuil, coll. "La République des idées", 2007, 110 p., 10,50€)

publié le lundi 17 septembre 2007

Domaine : Démographie

Sujets : Migrations, minorités , Population

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Par Igor Martinache

Que ce soit à travers les questions de l’immigration ou du vieillissement de la population, force est de constater que la démographie occupe, depuis maintenant plusieurs années, une place centrale dans le débat politique. Pourtant, en la matière, les préjugés sont à la hauteur des passions qu’elle soulève, avec les conséquences politiques que l’on sait. C’est pour toutes ces raisons que François Héran, directeur de l’Institut national d’études démographiques (INED), a décidé ici de remettre quelques pendules à l’heure. Le présent texte vient en fait compléter un article remarqué du même auteur, publié il y a maintenant trois ans [1] ; et si François Héran fait ici le choix d’aborder son sujet à grands traits, il permet à sa démonstration de gagner largement plus en intelligibilité - et donc en accessibilité -, que ce qu’elle perd en précision.

Car au-delà de la thèse centrale qui y est défendue (la nécessité d’adopter un regard dépassionné sur le phénomène migratoire), l’ouvrage vaut aussi par sa présentation pédagogique des fondements de l’approche démographique, eux-mêmes souvent mal compris du grand public.

Dans le premier chapitre, François Héran s’emploie ainsi à préciser un certain nombre de définitions et de grandeurs numériques utiles à la compréhension du phénomène migratoire. Ce faisant, il permet de chasser plusieurs idées reçues, notamment en démêlant différents concepts souvent confondus par le sens commun. Par exemple, le solde migratoire net n’est pas égal au nombre des nouvelles entrées ; une « migration de peuplement » désigne toute installation pour une durée supérieure à un an, qu’elle qu’en soit le motif ; et les migrations familiales ne se réduisent pas au seul regroupement familial. Ce premier travail de « débroussaillage » permet en particulier de distinguer quelle est la place du politique dans cette question, c’est-à-dire ce qui peut relever d’un choix de la communauté. Ainsi, la définition des « capacités d’accueil » n’a-t-elle de sens que par rapport aux préférences exprimées par la communautés, et que permettent seulement d’approcher certains dispositifs mis en place en matière d’emploi ou de logement. Dans cette perspective, explique François Héran, le volontarisme politique peut prendre deux directions opposés : renforcer les structures d’accueil des immigrants ou limiter le nombre de ces derniers. Pour ce qui est du cas français, selon lui, la loi du 26 juillet 2006 relative à l’immigration et à l’intégration « inaugure une politique de contrôle des flux migratoires assortie d’objectifs quantitatifs et qualitatifs » qui introduit un certain nombre de dénominations arbitraires, comme la distinction entre une immigration « subie » et une autre qui serait « choisie ». Il ne faut cependant pas oublier la chaîne qui la relie aux lois précédentes depuis 1986, mais aussi aux différents accords européens en matière d’immigration. Son examen conduit en tous cas François Héran à qualifier la politique française d’immigration de « nativiste et souverainiste », en ce qu’elle vise à réduire la part des immigrants au profit des résidents nés sur place.

Puisqu’il serait désormais question de « choisir ses immigrés », il peut être utile d’examiner les précédents étrangers. Ce que fait l’auteur dans le deuxième chapitre, en détaillant les expériences canadienne, espagnole, italienne et suisse. Chacune présente de fortes spécificités - que ce soit le système à points canadien, les quotas par métier très précis dans les péninsules sud-européennes ou le système helvétique de contingentement annuel -, mais leurs bilans convergent pour suggérer qu’une telle volonté de choisir strictement le nombre et la « qualité » de ses immigrants semble vouée à l’échec. Une des causes principales en est en fait le respect du droit international en matière de regroupement familial et de demande d’asile, autrement dit des droits humains fondamentaux, comme celui de vivre en famille ou d’échapper à l’oppression politique...

La troisième partie rétablit ensuite la relation entre deux phénomènes démographiques trop souvent dissociés dans le débat politique : le vieillissement de la population et les migrations. C’est que la croissance de la population peut être alimentée par deux sources distinctes : l’immigration et les naissances « sur place ». En l’espèce, la situation française est atypique en Europe à double titre. D’une part, c’est un des rares pays où le solde naturel est encore largement positif et alimente la croissance démographique bien plus que le solde migratoire (deux tiers contre un tiers), lui-même de moitié inférieur à celui de l’Union Européenne à 25 (2 contre 4 pour mille). Cela vient d’une fécondité française plus forte que dans les pays voisins, et pour laquelle, contrairement à certaines idées reçues, la contribution des femmes immigrées est en fait presque négligeable. Mais la mortalité connaît en France une évolution similaire au reste de l’Europe et, d’ici 2040, le solde naturel en France devrait à son tour devenir négatif. Autrement dit, à terme, la population française ne pourra croître que par la migration, comme dans le reste de l’Europe. D’autre part, la seconde spécificité française est liée à l’ancienneté de son immigration et aux conséquences qu’elle a eu sur la population, ce que François Héran appelle une « infusion durable » par opposition à une « intrusion massive ». Ainsi, près d’un Français sur quatre a au moins un grand-parent immigré, ce qui permet un brassage diffus et évite un certain nombre de conflits. Il ne faut ainsi pas oublier qu’ « à terme, la pénétration étrangère est réciproque : elle se laisse infiltrer par la société d’accueil davantage qu’elle ne l’infiltre ».

Enfin, dans le dernier chapitre, l’auteur propose de renoncer à certaines facilités de langage en matière d’immigration qui obscurcissent le débat, à commencer par la lutte contre les tabous, et l’appel au « courage » qui consiste en fait à caresser l’opinion dans le sens des peurs. D’abord, force est d’admettre qu’aucune politique ne pourra contrecarrer le vieillissement de la population. Seule une composante du vieillissement est en effet évitable, celle qui résulte d’une fécondité inférieure au seuil de remplacement de la population. Mais la majeure partie du vieillissement est bel et bien inévitable, conséquence de l’allongement continu de l’espérance de vie. Cette observation conduit d’ailleurs l’auteur à remarquer qu’en matière de vieillissement, on pourrait également appliquer la distinction entre un « vieillissement choisi » et un « vieillissement subi », ce qui ne manquerait pas de choquer autrement les « bonnes » mœurs.

En fin de compte, ce petit essai permet bel et bien d’éclairer le débat en matière d’immigration, sans tomber dans un parti-pris idéologique. C’est une démarche scientifique, en l’occurrence celle du démographe, qui conduit en effet François Héran à conclure en affirmant que « le brassage des populations est en marche et rien ne l’arrêtera. Il n’y a pas à se demander s’il faut être pour ou contre : ce serait aussi vain que de se demander si nous devons être pour ou contre le vieillissement. La seule question est de savoir comment le réaliser dans les meilleures conditions ». Au-delà de la question ici en jeu, c’est ainsi un bon exemple de rigueur intellectuelle que nous offre le directeur de l’INED. Cela n’empêche cependant pas de remarquer qu’une telle approche n’épuise pas le sujet, loin s’en faut. Car le point de vue démographique, comme celui de toute science, s’il contribue utilement au débat, n’en est pas moins partiel. Non seulement il peut, mais il doit être complété par le regard d’autres disciplines. C’est bien pour cela que le pluriel des sciences sociales est aussi important.

NOTES

[1« Cinq idées reçues sur l’immigration », Population et Sociétés n°397, janvier 2004 disponible à l’adresse suivante : http://www.ined.fr/fichier/t_telechargement/5209/telechargement_fichier_fr_397.pdf.

Note de la rédaction

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