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Le tourisme intérieur chinois

Un ouvrage de Benjamin Taunay (Presses Universitaires de Rennes, Coll "Espaces et Territoires", 2011)

publié le jeudi 21 avril 2011

Domaine : Géographie , Sociologie

Sujets : Ville , Economie

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Par Marie Opoczynski [1]

Le tourisme intérieur existe dans de nombreux pays, mais reste peu étudié hors de l’Occident. Le présent ouvrage de Benjamin Taunay, Docteur ès Géographie, analyse le phénomène en Chine. « Géant numérique », le tourisme intérieur supplante largement le tourisme international, tant au niveau du nombre (400 millions de touristes intérieurs annuels contre 15 millions internationaux) qu’au niveau des recettes (110 milliards de dollars contre 30 milliards). On compte 62 touristes intérieurs pour un touriste international. C’est dire l’importance des enjeux : économiques, mais aussi politiques (consolidation d’un sentiment national).

Les villes concentrent l’essentiel des flux touristiques. L’Etat y a massivement investi et a créé des zones franches pour attirer des capitaux étrangers. Il veut en faire des enclaves « riches » au sein de régions pauvres. Le tourisme se propage dans les moindres interstices du pays, notamment là où les « paysages » correspondent aux critères esthétiques chinois (montagne, rivière ou grotte).
L’Etat veille également à contrôler le contenu du tourisme en déterminant les lieux dignes d’intérêt (les « Minshengs ») : mise en valeur des sites déjà visités par les nobles au XVème siècle.
La plupart des touristes intérieurs sont des urbains de l’Est du pays, reflétant ainsi l’émergence actuelle de la classe moyenne urbaine des provinces côtières.

Quelles sont les motivations de ces touristes qui accèdent depuis peu, moins d’une vingtaine d’années, à cette activité ?
Les pratiques diffèrent entre touristes internationaux et touristes intérieurs. Alors que les Occidentaux recherchent « l’authenticité », les Chinois privilégient la « modernité », mais aussi la sociabilité. Ils affectionnent le contact avec les touristes étrangers et les lieux animés, voire bruyants. Le shopping (acheter des preuves de sa venue sur un site) et la consommation de bons et onéreux repas sont des pratiques également appréciées. 4 des 10 plus grands centres commerciaux du monde sont chinois.

La recherche de la modernité est souvent dissonante avec la considération du patrimoine. Le faux prime sur le vrai, à condition qu’il soit beau, moderne donc. Les aménagements ne font preuve d’aucune unité architecturale : les villes ressemblent bien souvent à un patchwork, synonyme de démesure et de production d’un aspect d’ancienneté.

Vivre à la campagne fut longtemps synonyme de souffrance ou de punition par le régime. Il s’opère néanmoins un certain « retour à la campagne », une envie de (re)découvrir un monde longtemps stigmatisé. Ce tourisme rural n’est pas forcément individuel. Ce sont souvent des jeunes relativement aisés qui se rencontrent via des forums sur le net et décident de partir ensemble quelques jours. L’objectif n’est pas tant de découvrir un lieu que de passer un moment convivial dans un endroit inconnu. Les pratiques collectives dominent.

Peut-on parler d’un « modèle touristique chinois » ? Les touristes internationaux et ceux de Chine peuvent « se croiser sans se comprendre ». Les Occidentaux recherchent des sites en hauteur, à l’écart pour mieux observer alors que le territoire des touristes intérieurs est plus restreint. Ils sont davantage impressionnés par la célébrité d’un lieu (correspond à un paysage appris à l’école ou à un tableau ancien connu de tous) que par l’incroyable construction d’un relief par exemple. L’Etat a aménagé de nombreux parcs à thème qui célèbrent l’histoire du pays. Retrouver la trace de ses ancêtres est un élément fondamental de la sinité.

La civilisation occidentale fonde l’esthétique sur la saveur et les contrastes (temps ensoleillé apprécié pour la photographie de panoramas). Les Chinois lui préfèrent la fadeur : loin d’être insignifiante, elle autorise tous les essais et ouvre à d’autres expériences sensibles tandis que la saveur trop forte est exclusivité. La brume, par exemple, permet de faire jouer son imagination. Les Chinois privilégient les significations imagées des formes (exemple des sommets des montagnes) aux connaissances plus rationnelles.
Pour être apprécié, le lieu doit être sécurisé et rendu accessible par des aménagements importants et visibles, dans le contexte de double valorisation du naturel et de l’artifice qui ne sont pas opposés dans la culture chinoise. Ainsi, les grottes sont par exemple éclairées par une multitude de couleurs et proposent de nombreux services (ascenseurs, boutiques, musique).

La plage est un espace qui a d’abord été fréquenté par les populations européennes. Aujourd’hui, elle est réappropriée par les Chinois qui ne se contentent pas de copier une pratique. En effet, dans ce lieu aussi, ils souhaitent disposer de services et d’aménagements importants. La plupart des touristes aujourd’hui jugent les aménagements insuffisants, malgré la diversité des services proposés (tables et parasols, boutiques permanentes, pédalos, U.L.M., buggy, etc.)

L’auteur s’est également intéressé à la célèbre prise en photos en des lieux précis, spécialement aménagés et balisés pour l’occasion. Il s’agit d’immortaliser un moment dont la valeur n’est pas seulement esthétique, mais aussi monétaire (faire du tourisme coûte cher). Visiter un maximum de sites pour prendre un maximum de photos. La société chinoise est une société du Statut. Exposer chez soi des photos est un moyen de gagner de la considération sociale.

Ainsi, une véritable culture touristique chinoise est en cours d’apparition, faite d’appropriation de pratiques occidentales mais, aussi et surtout, d’innovations. Elles sont à prendre en compte dans le contexte actuel de forte croissance du nombre de touristes chinois appelés à voyager à l’étranger pour réellement réussir la mise en tourisme des lieux. Elles sont également à ne pas négliger lors de l’étude de la géographie urbaine chinoise, profondément remaniée actuellement.

L’ouvrage est agréable à lire, fourmille d’exemples et est richement illustré par des photographies, abondamment commentées.

NOTES

[1Chargée de Mission des Territoires OPH de l’Aisne

Note de la rédaction

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