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Les sociologues et le langage

Un ouvrage de François Leimdorfer (Maison des Sciences de l’Homme, 2011)

publié le mercredi 20 avril 2011

Domaine : Sociologie

Sujets : Langage

     

Par Julie St-Pierre [1]

L’ouvrage de François Leimdorfer se présente comme un bilan général du rapport entre langage et société en sociologie, mais aussi dans l’ensemble des sciences sociales et humaines (linguistique, sémiologie, philosophie, anthropologie, etc.). Si le défi de résumer l’épistémologie de ce lien complexe paraît colossal, l’auteur le relève avec brio. La portée qu’il souhaite donner à sa démonstration se veut en faveur d’une meilleure prise en compte du langage en sociologie, mais pourrait s’étendre à d’autres disciplines. Partant de l’inextricabilité du lien qui existe entre langage et société, Leimdorfer tente l’exercice de départager les différentes approches théoriques qui ont jusqu’ici permis de l’appréhender, de l’analyser et de le comprendre. Il pose le problème du langage en sociologie comme celui du statut du langagier et des contraintes qu’exercent les formes linguistiques et leur usage sur les interactions sociales. D’emblée, pour lui, les objets et les lieux d’observation du rapport entre le langage et la société représentent autant de points de vue qui ne suffisent pas à rendre la diversité du réel puisque la langue, le sens, le discours, les actes, les activités, les situations, les rapports sociaux sont des concepts inévitablement imbriqués les uns dans les autres.

L’objectif de Leimdorfer est d’abord de nous faire connaître les textes fondamentaux et les auteurs qui se sont appuyés sur le langage dans leur analyse du social afin d’en dégager des lignes directrices susceptibles d’alimenter ce champ d’études. Il met de l’avant quatre paradigmes d’analyse des relations entre le langagier et le social. La première sépare les domaines des sciences du langage et celles qui s’intéressent à la société. Elle pose en extériorité l’espace social et l’espace langagier. Ainsi, dans cette optique, les relations entre les phénomènes opérant dans chacun de ces espaces sont soit d’inférence ou de causalité, soit d’indice ou de relations générales observables à l’échelle historique. Plusieurs approches se rangent dans cette perspective, par exemple, celles qui considèrent que les rapports sociaux déterminent des phénomènes langagiers tels que les rapports de domination (Marx, Bourdieu) ou les divisions entre groupes sociaux (Meillet). L’analyse des catégorisations comme représentations ou actes à la manière de Durkheim se classe également dans cette première façon d’envisager le langage et la société comme des entités distinctes.

Le deuxième paradigme envisage, pour sa part,les faits de langage et les faits sociaux dans un même champ d’études. Le sociologue qui travaille à partir de ce postulat recherche les lieux ou les espaces communs où le langagier et le social s’interpénètrent pour les étudier. Une recherche qui découle vers deux autres paradigmes ayant trait au lieu de l’observation conjointe du sociologique et du linguistique. Un premier qui se concentre sur la situation d’interaction, par exemple, la conversation. On pense évidemment aux courant interactionniste (Goffman, Gumpertz) ou encore à l’ethnométhodologie (Garfinkel). Le deuxième plan d’analyse se pose sur le discours. Il vise une prise en compte plus globale du social à partir de diverses analyses discursives qui font apparaître des ensembles (idéologies, représentations, genres, formations et registres discursifs) constitutifs du sens social (Foucault, Achard, Pêcheux).

En revenant sur chacune des postures d’analyse, Leimdorfer démontre qu’elles possèdent leur légitimité respective tout en spécifiant comment elles conduisent leurs tenants à des objets, des méthodes et, par conséquent, des résultats totalement différents. S’il ne se positionne pas en faveur de l’une ou l’autre, l’auteur affirme pourtant que pour véritablement prendre en compte le langage, la sociologie doit considérer le discours comme une activité et ne pas se limiter à de simples commentaires sur des textes. Pour lui, les sociologues se doivent également de sortir du piège que leur tend le terrain : ce qui est dit n’est pas une information, le langage n’agit pas en transparence avec le réel. Il ajoute que les objets discursifs auraient avantage à être carrément analysés comme des objets sociaux, donc comme pratiques langagières, actes d’énonciation récurrents, catégorisations, genres et registres discursifs, distribution et circulation du sens.

Selon Leimdorfer, en combinant la perspective centrée sur la situation à celle centrée sur le discours, dans l’idée du discours comme pratique sociale, il serait possible d’en arriver à faire des hypothèses quant au sens que prend un discours ou une situation et d’enfin voir émerger un point de vue définitivement sociologique sur le rapport entre le langage et la société. Comme il le dit lui-même, ce n’est pas à la consécration d’une sociologie du langage qu’il nous invite, mais bien à la constitution d’une sociologie générale qui intègre la question langagière. En cela, la critique que l’on peut adresser à l’auteur est de laisser le lecteur sur sa faim puisqu’il remet entre ses mains la responsabilité d’élaborer concrètement cette proposition. Il se contente de conclure rapidement sa revue des théories sans émettre de nouvelles pistes ou postures d’analyse propre à relancer la recherche dans une direction novatrice.

NOTES

[1Doctorante en sémiologie à l’Université du Québec à Montréal, membre de l’Escouade sémiotique de Montréal et assistante de recherche à l’Institut national de la recherche scientifique-Urbanisation, culture et société (INRS-UCS)

Note de la rédaction

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