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Obstacles et succès scolaires

Un ouvrage sous la direction de Maria Vasconcellos (Presses de l’Université Lille 3, Collection Recherche, 2005)

publié le lundi 21 août 2006

Domaine : Sociologie

Sujets : Education

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Par Rachel Gasparini [1].

Cet ouvrage rassemble des travaux autour de deux thèmes fondamentaux en sociologie de l’éducation : les résultats scolaires, et les inégalités sociales de réussite à l’école. Les auteurs s’emparent de cette question très traditionnelle dans les sociétés modernes fondées sur l’idéal de démocratie méritocratique, mais primordiale surtout dans un pays comme la France où l’insertion professionnelle est si étroitement liée aux performances scolaires. Les approches présentées valorisent la compréhension de l’intérieur de la « boîte noire », autrement dit des mécanismes internes par lesquels les acteurs et les structures produisent concrètement de la réussite ou de l’échec scolaire. Cette démarche n’est certes pas nouvelle, mais le regard sur les objets traités est souvent inédit (avec de jeunes chercheurs ou doctorants), et ce livre est également l’occasion de faire un recensement des acquis récents en la matière. Ainsi trois chercheuses font des synthèses tout à fait éclairantes sur leurs travaux et d’autres recherches concernant : la perception différenciée de la réussite scolaire et des modalités du travail entre les enseignants et les élèves du secondaire (A. Barrère), les implications de la notion de réussite dans les approches sur l’action de l’école (M. Drosile Vasconcellos), les évaluations des dispositifs de lutte contre les inégalités sociales à l’école (C. Piquée).

Valérie Caillet questionne le sentiment d’injustice ressenti par les élèves ainsi que ses conséquences sur leur rapport à l’école et leurs performances scolaires. Le cas plus particulièrement des élèves d’origine étrangère et des lycéens est évoqué, dans leurs manières d’esquiver les effets négatifs de jugements stigmatisant leurs résultats et leurs comportements scolaires : les premiers invoquent leur identité ethnique, les seconds résistent à la forte pression par une distanciation à l’égard de l’univers scolaire. Les élèves d’enseignement professionnel qui perçoivent souvent leur orientation comme une relégation du fait de leurs mauvais résultats scolaires sont les plus sensibles aux notions de justice et de respect.

Marie-Christine Le Floch interroge l’effet enseignant à l’université, limité dans les recherches antérieures à l’enseignement primaire et secondaire. La difficulté pour les étudiants est d’arriver à s’intégrer du point de vue de la sociabilité, de l’organisation complexe des études (avec ses codes implicites), de l’initiation à une discipline ou à un domaine d’études, d’un nouveau rapport au savoir. De leur côté, les enseignants-chercheurs connaissent une contradiction dans leur double mission : chercher et enseigner (cette seconde dimension a pris beaucoup de place à partir de l’augmentation des effectifs à l’université en 1990). L’auteur décrit trois postures des universitaires enseignants : les censeurs disciplinaires, ceux qui procèdent par accompagnement-conseil, ceux qui cherchent la neutralisation du caractère social de la sélection par l’outil pédagogique. Il est dommage que cette présentation ne s’appuie que sur l’effet supposé des statuts enseignants, sans analyser leurs conséquences sur les étudiants (on aimerait savoir par exemple quelle posture aide le plus les étudiants en difficulté ?)

Régis Malet présente une comparaison des manières de concevoir la condition d’élèves et la réussite scolaire dans l’enseignement secondaire entre trois pays européens : la France, l’Allemagne, la Grande-Bretagne. Cette approche souligne combien la compréhension de l’échec scolaire doit prendre en compte les conditions culturelles, politiques et institutionnelles de construction, propres à un pays. Ainsi les conceptions différenciées de la citoyenneté jouent un rôle dans les représentations nationales de l’intégration scolaire : universalisme et uniformité en France, communautarisme dans les pays anglo-saxons, articulation aux pouvoirs locaux en Allemagne. La France qui paraît plus égalitaire de prime abord se révèle être aussi inégalitaire que les autres pays et la carrière scolaire repose sur des stratégies de décodage du fonctionnement d’une école « unique » en apparence seulement.

Brice Le Gall et Charles Soulié s’intéressent aux « usages sociaux du DEUG de Paris 8 » : le public des étudiants s’est considérablement accru ces quinze dernières années et cette arrivée en masse ne correspond pas à une démocratisation de l’enseignement supérieur. L’enquête par questionnaire à Paris 8 révèle que les étudiants présentent un profil différent selon les études. S’ils sont issus de milieux plus aisés, plus parisiens dans les disciplines artistiques (cinéma, arts plastiques) qui sont une des « filières d’excellence » de cette université, le recrutement est plus populaire en économie, en droit et en histoire (les étudiants aisés et parisiens se dirigent vers d’autres universitaires pour ces études). L’orientation préférentielle des enfants d’ouvriers vers le droit, l’économie, l’AES apparaît comme un « goût de nécessité » de faire des études « rentables », débouchant rapidement sur un emploi mais aussi comme un rapport plus utilitaire à l’école. Certaines tendances nationales se retrouvent dans cette étude locale, comme par exemple la fréquence plus élevée de bacs généraux, obtenus à l’heure, chez les étudiants d’arts et de communication par rapport aux juristes, psychologues ou géographes qui possèdent plus fréquemment un bac technologique ou professionnel. La localisation dans la salle témoigne d’une pratique différenciée du cours chez les étudiants, avec une mobilisation accrue chez les étudiants étrangers, les filles, les étudiants plus âgés en reprise d’études. La conception des études diffère aussi selon les disciplines : les étudiants en droit, économie, histoire insistent sur l’importance du travail, du sérieux, de la rigueur dans leurs disciplines. Les étudiants en cinéma, communication parlent davantage de la culture, de l’intelligence, de la créativité. Les étudiants en anthropologie insistent sur l’ouverture d’esprit et la curiosité. Dans leurs postures, leur habillement, leur manière de parler et leurs convictions, les étudiants préfigurent les exigences de leur future profession. Enfin les auteurs reprennent l’idée de « pédagogie rationnelle » (Bourdieu et Passeron, Les Héritiers), plus profitable aux élèves les plus « étrangers » à l’université que l’encadrement lointain et le libéralisme pédagogique. Ils pointent également les dangers de la baisse d’exigence académique encouragée par les dispositions de la réforme Bayrou relatives à la compensation inter et intra-modulaire, qui a nettement amélioré la réussite des étudiants présents aux examens.

Dominique Maréchal-Gardez s’intéresse à l’influence du style de leadership du chef d’établissement sur le fonctionnement du collège ou du lycée. Le style de direction paraît central pour expliquer l’effet établissement (plus fort dans les pays anglo-saxons où le chef d’établissement a plus de pouvoir), mais il n’explique pas tout : les recherches ne permettent pas de conclure à l’absence de lien entre style de direction et performance de l’établissement, mais on ne peut pas affirmer l’inverse non plus. Beaucoup de recherches mettent en avant la nécessité d’une mobilisation autour d’objectifs communs, d’une cohésion de l’équipe enseignante et de la mise en place de pratiques innovantes.

Leïla Chouarra présente une recherche sur l’investissement scolaire particulier des parents de « milieux modestes » dont les enfants sont étudiants dans des filières très prestigieuses (médecine, sciences, droit, Polytechnique, ESC, Sciences Politiques) : en quoi leurs pratiques, leur présence ont-elles conduit à la réussite de ces élèves alors que les moyens scolaires et financiers sont faibles (les pères sont ouvriers en activité ou à la retraite, les mères sont au foyer et analphabètes). Les parents interrogés veulent offrir à leurs enfants une vie meilleure que celle qu’ils ont connue et conçoivent la réussite scolaire de leur enfant comme s’il s’agissait de leur propre réussite (elle témoigne qu’ils sont de « bons parents »), articulée à une volonté de réussir l’intégration pour les familles immigrées. La réussite scolaire de l’enfant apparaît dans les milieux populaires comme une « affaire de famille » (promotion de tous les membres), l’investissement parental intervient en termes d’incitation à choisir un métier porteur, de contrôle et de suivi des devoirs, de réaction aux notes de l’enfant, de rencontre des enseignants et de connaissance du système éducatif. D’autres dimensions interviennent de manière moins consciente : le climat affectif, le style d’autorité (le père est particulièrement exigeant et sévère), la régularité (notamment des horaires et des habitudes liées aux devoirs), l’organisation fixe de l’espace domestique (faire les devoirs toujours au même endroit), la participation de tous aux repas familiaux, la transmission de valeurs telles qu’un comportement social adapté à l’école, la morale éducative basée sur le travail et la persévérance (valeurs du milieu ouvrier) et enfin la régulation de la sociabilité de l’enfant (éviter les mauvaises fréquentations). L’enfant joue aussi une part importante dans le sens qu’il trouve au fait d’aller à l’école. Cet investissement fort des parents décroît dans le supérieur, niveau qu’ils méconnaissent.

Noura Chouarra s’intéresse aux étudiants de l’immigration maghrébine (second et troisième cycle) dans leur rapport aux études supérieures. Leur conception est liée surtout au fait qu’ils sont issus de familles populaires et qu’ils souhaitent échapper à leur condition de dominés par la réussite scolaire. L’intérêt d’aller à l’université s’explique principalement par le sens positifs qu’ils accordent aux savoirs en eux-mêmes et aux activités d’apprentissage (reconnues et identifiées comme des activités cognitives requérant un travail de la part du sujet et par lequel celui-ci se transforme, Charlot et Rochex). L’utilité des études (pour accéder à un travail) ou le rôle des parents et des enseignants (par exemple un professeur qui fait aimer une matière) sont moins présents dans leurs motivations. Ces étudiants qui ont connu une bonne scolarité antérieure, présentent enfin des capacités à s’organiser dans leur emploi du temps, la gestion du temps libre, l’identification des tâches à accomplir à l’université : ils sont « affiliés » au sens de Coulon.

Raniha Oultache s’interroge sur les conditions de réussite des élèves en lycée professionnel, qui reste un niveau d’enseignement encore mal perçu en France, assimilé à un lieu d’accueil pour élèves en difficultés scolaires. L’étude d’un lycée professionnel à vocation tertiaire souligne combien il est important de considérer les trajectoires hétérogènes que peuvent connaître les enfants issus la plupart du temps de familles socialement défavorisées. Trois groupes sont identifiés : les « déterminés » (surtout des filles) qui utilisent le lycée professionnel pour accéder à une formation supérieure de type bac ou pour préparer des examens (aide-soignante, auxiliaire de puériculture), qui sont sensibles au rapport avec les professeurs et à l’ambiance de classe, qui ont repris confiance grâce au lycée professionnel et qui se mobilisent autour du métier à venir ; les « indécis » qui ont une ambition d’insertion rapide sur le marché du travail, qui se montrent satisfaits des enseignements et surtout des stages en entreprise valorisants en termes d’autonomie et de responsabilité ; les « sans projet » qui sont mécontents dans leurs études où ils ne trouvent pas de sens (ni dans l’enseignement général, ni dans l’enseignement professionnel), qui ont rencontré des problèmes antérieurs dans leur scolarité (redoublement, orientation non choisie), qui n’ont pas de projet professionnel.

Constance Daniel s’intéresse aussi aux élèves de lycée professionnel, à leur souffrance face à ce qui est vécu parfois comme une voie de garage (en particulier dans les formations aux métiers du bâtiment ou du secrétariat), y compris par les parents (qui voient cependant dans cette formation un ultime espoir d’atteindre une qualification). Elle analyse leur rapport différencié à l’école et aux études en fonction de leur filière, dans un établissement : sections de maintenance peu valorisées, électrotechnique et chimie (qui regroupe de bons élèves, notamment en mathématiques et en sciences). Dans l’ensemble, ces élèves se montrent très sensibles à leurs relations avec les enseignants.

Anne-Cécile Mouget interroge les méthodes de travail et les stratégies d’apprentissage des élèves en réussite scolaire (la majorité de la population a obtenu un bac mention très bien). Sont présentées d’abord certaines caractéristiques « objectives » : âge, sexe, retard scolaire, études (CPGE, ENS, écoles d’ingénieurs et de commerce, médecine ou pharmacie, école vétérinaire, IEP, facs d’économie ou de droit, STS ou IUT pour les titulaires de bacs technologiques). Les pratiques de ces élèves s’avèrent être finalement peu inspirées des principes prônés dans les guides méthodologiques (relaxation, visualisation de l’épreuve, moyens mnémotechniques, recherches autour du cours). Les enquêtés insistent sur leur travail qui commence en contexte, dès la prise de note dans le cours (effort de compréhension, d’appropriation, de hiérarchisation des connaissances) et qui se poursuit lors de la relecture du cours pour la mémorisation. Par ailleurs, ils cherchent à comprendre ce qui est attendu d’eux par les enseignants afin de s’y conformer (notamment dans l’évaluation). Enfin, ils disposent de plusieurs manières d’apprendre, de répondre et utilisent celle qui sera la mieux adaptée à la situation et à leurs capacités. Il est dommage dans cette présentation de ne pas disposer d’éléments plus différenciateurs en fonction des cursus, qui impliquent des stratégies différentes de réussite en fonction des disciplines impliquées (on connaît par exemple l’importance de la mémorisation en médecine ou en droit).

En définitive, ce livre est l’occasion d’interroger avec un regard nouveau et des approches différenciées la question des « obstacles » et des « succès » scolaires. Un seul regret : les niveaux secondaires et supérieurs sont très questionnés, il aurait été intéressant d’avoir aussi des recherches portant sur le primaire (mais peut-être que ce manque est tout simplement le reflet d’un manque actuel dans ce domaine sur cette question ?).

NOTES

[1Rachel Gasparini est sociologue, maître de conférences à l’Université Lyon-2 et membre du GRS (Groupe de recherche sur la socialisation).

Note de la rédaction

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