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Pareto : l’économie dans la sociologie

Par Jean-Claude Passeron

publié le samedi 23 octobre 2004

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Rien n’illustre mieux que l’itinéraire intellectuel de Pareto à la fois la proximité des concepts et la distance méthodologique entre ces deux disciplines. Il vaut toujours la peine, pour réduire le malentendu scientifique qui, aujourd’hui plus qu’hier peut-être, sépare économie et sociologie, de repartir des principes épistémologiques qui fondent cette oeuvre inclassable. Longtemps auteur délaissé ou scindé par la lecture hémiplégique des sociologues et des économistes, stigmatisé politiquement par plusieurs générations intellectuelles en Europe - il est « le Marx des anti-marxistes » disait-on chez les humanistes anti-parétiens - Pareto doit sans doute cette audience réticente à l’originalité même de sa construction d’ensemble. Du Cours d’économie politique au Traité de sociologie générale, son itinéraire, ponctué de livres et d’articles qui ont éclairé des points essentiels ou subtils des deux disciplines, ne jalonne nullement un abandon progressif des méthodes de sa discipline d’origine ; pas plus qu’elle n’aboutit, comme chez beaucoup d’économistes contemporains, à subordonner les méthodes d’explication des actions sociales aux procédures du calcul économique. Tout au contraire, Pareto est bien le seul sociologue qui, dans sa théorie comme dans ses travaux, ait réussi à installer, parmi toutes les sciences sociales, l’économie mathématique parmi les rares qui soient capables de construire par déduction des « théorie pures » et qui ait réussi, en même temps, à englober - c’est-à-dire à contextualiser - les mécanismes de la rationalité économique en les restituant à la description des « conditions multiples » de la détermination des actions humaines que peut seule procurer une science historique comme la sociologie. Aujourd’hui un économiste tel que Maurice Allais, qui revendique souvent sa filiation parétienne, me paraît un des rares à se situer en ce lieu de féconde excentricité épistémologique, comme on le voit dans sa polémique toujours recommencée contre le formalisme de la définition du principe de rationalité par « l’Ecole américaine » [1].

Les « pères fondateurs » de la fin du XIXème siècle - parmi lesquels Talcott Parsons a réintégré à juste titre Pareto [2] - ont procuré à la sociologie un langage théorique sur lequel vit toujours son projet scientifique : concepts définitivement émancipés de ceux du droit, de la philosophie morale ou de la chronique événementielle et re-définis pour les besoins d’analyse, de mesure et de comparaison historique propres à une science dont l’ambition de synthétiser les explications partielles marque encore aujourd’hui toutes les sciences sociales. Mais dans les rapports de la sociologie à l’économie politique - qui avait précédé la sociologie dans cet effort de fondation d’une science globale des sociétés humaines, et cela depuis Adam Smith au moins - il faut placer Vilfredo Pareto et Max Weber dans une position privilégiée si l’on veut comprendre comment s’est noué à la fin du XIXème siècle, avec l’essor des sociétés industrielles, le lien entre ces deux disciplines : interdépendances entre les problématiques aussi bien que conflits de frontières ou malentendus épistémologiques. Ces deux auteurs ont, en effet, étroitement intégré à leur questionnement sociologique l’état des recherches économiques de leur époque : à la fois l’histoire économique et les premières théories du calcul rationnel des décisions. Leurs œuvres si dissemblables ont, en effet, en commun d’instaurer dans leurs raisonnements sociologiques une interrogation critique conduisant à une clarification opératoire des notions d’« utilité » et de « rationalité », telles que les définissait la science économique de leur époque. Inscrits dans deux traditions intellectuelles fort étrangères l’une à l’autre, les auteurs eux-mêmes se sont souverainement ignorés. Mais chez eux sociologie et économie ont été nouées par la même question sociologique : quelle place explicative et quel rôle méthodologique faut-il accorder au « comportement logique » (Pareto) ou à « l’action rationnelle » (Weber) dans l’ensemble des « actions sociales » qui font l’histoire ? Les deux ouvrages qui parachèvent la construction sociologique de ces deux auteurs ont des dates de publication d’ailleurs très proches : 1916 pour le Traité de sociologie générale [3], et 1922 pour la publication posthume d’Economie et société  [4] laissé en son état inachevé par la mort de Max Weber en 1920.

Mais c’est dans l’œuvre de Pareto qu’on trouvera le questionnement le plus continu sur l’articulation entre économie et sociologie comme la théorisation la plus aiguë des rapports méthodologiques entre les deux disciplines. Telle fut l’originalité intellectuelle de Pareto par rapport à tous ses contemporains, ou prédécesseurs, y compris les plus nourris d’une culture multidisciplinaire (comme Marx). Et telle subsiste aujourd’hui cette originalité par rapport aux auteurs postérieurs, comme dans les débats contemporains sur le rôle de la formalisation ou de la modélisation mathématiques dans les sciences sociales, dès lors qu’on attend d’elles qu’elles travaillent en même temps comme des sciences historiques. Weber, dont le rapproche l’attention portée aux conduites économiques, est trop intimement sociologue et historien, quel qu’ait été son investissement dans l’histoire économique, pour décrire d’aussi près le changement conceptuel qui affecte le sens de « l’utilité », de la « calculabilité », de la « rationalité » ou du « modèle formel » lorsqu’on passe du calcul d’un équilibre économique à la supputation d’un équilibre social  [5]. Il vaut donc la peine de revenir, avec Pareto aux origines de la sociologie conçue comme science générale des faits sociaux, puisque la rencontre entre les schèmes fondateurs des deux disciplines s’est opérée dans son oeuvre à partir de la place d’analyseur privilégié des conduites humaines où cet auteur a installé la distinction des « actions logico-expérimentales » et « non-logico-expérimentales ». Cette distinction joue chez lui le rôle à la fois d’un pivot théorique et d’un outil heuristique, au service de son projet sociologique de totalisation des explications. De cette ambition synthétique découle alors chez Pareto l’absorption de l’analyse économique dans l’analyse sociologique - à laquelle il venait pourtant de fournir, avec Walras, les instruments mathématiques d’un impeccable calcul de « l’équilibre général ». Théorisant à la fois cette réussite de la « théorie pure » en économie et ses limites méthodologiques - quand on veut en étendre le modèle à d’autres sciences sociales, par exemple à la sociologie politique - toutes les analyses de Pareto ont ainsi été orientées de manière à mieux questionner le rôle problématique de la rationalité des conduites humaines dans une science historique du social.

Du Cours au Traité la question parétienne a toujours été la même [6]. C’est celle de savoir s’il faut transposer, généraliser ou localiser la forme spécifique de rationalité propre à la conduite économique, pour fonder XXX une théorie globale de l’action sociale susceptible de procurer une méthode d’explication en histoire. Pareto a sans doute été d’abord été un théoricien de l’économie comme cela se voit dans la succession de ses publications : refondation de la théorie de l’équilibre de Walras dans le Cours, « courbe de distribution des revenus » [7], formulation opératoire du « maximum d’ophélimité pour chaque individu dont se compose une société » [8], etc. Mais Pareto n’a pas rencontré la sociologie après être passé par l’économie, comme s’il passait à un autre objet. Dès le Cours, le schéma de ses explications de phénomènes économiques, montre qu’il attendait d’un modèle mathématique une épure en attente d’autres XXX déterminations sociales et historiques pour devenir explicative. Pareto représente le cas assez rare d’un théoricien de l’économie qui a très tôt considéré que l’économie n’était qu’une partie de la sociologie, qu’elle ne rendait compte que d’une faible partie des comportements sociaux, certes les plus proches de « l’action logique », mais aussi de portée bien trop restreinte lorsqu’on entend appliquer la méthode scientifique (« logico-expérimentale ») à l’observation de l’ensemble du matériau que nous offrent l’histoire et le fonctionnement des sociétés humaines, afin de formuler les « uniformités » qui les rendent intelligibles. Plus que l’insistance argumentative de Pareto sur ce point, ce qui le montre dans sa pratique méthodologique, c’est l’intervention, dès le Cours et pour résoudre des questions d’histoire économique insolubles par la seule économie politique, de la plupart des analyses sociologiques qui seront abondées afin de systématiser la théorie de l’équilibre social dans le Traité [9] .

Peut-on faire une théorie de « l’équilibre social » ? Telle est bien d’un bout à l’autre de son oeuvre, la question qui réunit le foisonnement des analyses de Pareto sociologue. L’originalité de Pareto économiste c’est d’avoir affirmé que « l’équilibre économique » et les méthodes qui permettent de le calculer ne fournissent pas un modèle qu’on puisse transposer aux équilibres sociaux. Il en en a tiré le projet de construire une connaissance logico-expérimentale des actions non-logico-expérimentales de l’homme historique, qui s’inscrit alors naturellement au cœur des sciences de l’homme, puisque, selon Pareto, ces actions sont les plus nombreuses et les plus déterminantes dans l’entrelacement des influences historiques et des sentiments sociaux. Aujourd’hui, une distinction comme celle que formule, en épistémologue, Gilles-Gaston Granger entre « rationalité épistémique » (rationalité de description ou d’explication) et « rationalité pratique » (rationalité d’action, qui concerne le contenu décrit ou expliqué) [10] permet d’apercevoir la confusion qui s’est établi dans la discussion de « l’irrationalisme » prêté à l’auteur du Traité. En tant que savant, Pareto sociologue a répété qu’il ne se souciait pas davantage de faire l’éloge moral de la violence ou de la ruse que de la générosité ou de la vertu, ne voulant que décrire les récurrences et les interdépendances les plus attestées de la causalité historique où on voit agir ces sentiments. Dans l’histoire telle qu’on peut l’observer, équilibres, conflits et crises s’expliquent par les « sentiments » (que l’analyse sociologique peut identifier à travers les « résidus » sociaux où ils s’expriment), au moins autant que par les « intérêts » et, en tout cas, presque toujours sous le « voile » [11] déformant des « dérivations » par lesquelles les individus et les groupes présentent la justification « rationnelle » d’actions qui ne le sont pas.

Pourquoi seul Pareto a-t-il scandalisé tant de lecteurs par cette affirmation ? La plupart des sociologues ont pourtant en commun avec lui d’avoir dit que la sociologie ne pouvait commencer qu’avec la fin de « l’illusion de la transparence » du sens des actions à l’introspection, complaisante ou intéressée, de l’acteur [12] ; ou, si l’on préfère, avec l’abandon de la fiction du « contrat social », concept qui subordonne, dès qu’il monopolise le sens des interactions sociales, toute analyse et toute curiosité scientifiques à une définition prescriptive de l’acteur social comme homo rationalis. Ou alors, si un homme ne suit pas son « intérêt » individuel d’homme rationnel, on a affaire à un fou disait déjà Hobbes [13]. Lorsque le rationalisme philosophique du XVIIème et du XVIIIème siècle introduit la Raison par un bout de l’explication scientifique en histoire, il l’en expulse par l’autre, en abandonnant l’explication des comportements « irrationnels » à la folie du pouvoir, à la fureur du siècle, aux dérèglements amoureux ou à la passion de la gloire, toutes motivations qui lui semblent indignes à la fois de l’homme raisonnable et d’une science rationnelle des comportements humains. De là, le succès multi-séculaire de l’utilitarisme dans les sciences sociales, où il a permis de transplanter, sans la disjoindre, la gémellité philosophique, pourtant fort problématique ici, des jugements de la raison pratique et des opérations de la raison épistémique.

N’y aurait-il donc aucune possibilité de science ou d’explication rationnelle de la non-rationalité comportementale ? Hors de la raison qui calcule les actes n’y aurait-il que du non-sens dans les conduites humaines ? L’ironie parétienne a pour cible préférée la pseudo-rationalité des « dérivations », c’est-à-dire la rationalité de surface qui ne fait que badigeonner d’un « vernis logique » les raisons profondes d’agir, qui sont presque toujours « a-logiques » - ce qui ne veut pas dire, Pareto y insistait, « illogiques » . L’humeur sarcastique à laquelle Pareto donne libre cours dans ses descriptions, et qu’on a vite taxée de « pessimisme », est pour beaucoup dans la lassitude qu’ont suscité ses diatribes ou ses redondances chez la plupart des lecteurs qui préfèrent toujours être confortés dans leurs croyances que les voir systématiquement démystifiées ; elle a surtout alimenté la virulence des indignations éthiques de ses ennemis intellectuels de tous bords - dont il pouvait alors décortiquer les arguments irrationnels, et leurs « résidus », avec un surcroît de jubilation polémique. Serait-ce là une obsession du seul Pareto ? Ce n’est pourtant pas très différent de ce que fait - avec les euphémismes que permet une « sociologie de compréhension » - Max Weber dans sa sociologie comparative des « justifications » et des « légitimations », où il montre le rôle actif du « besoin symbolique qui, en tout « ordre social », se satisfait dans le mythe, la théologie, la métaphysique ou l’utopie en orientant les « rationalisations du monde » qui permettent à chaque groupe d’aménager, par le truchement de ses intellectuels, de ses clercs ou de ses prophètes, une représentation vivable de sa condition sociale au sein d’« un cosmos doté de sens ». Et c’est aussi ce que fait Freud, au bénéfice de la thérapie, en démontant les ruses des pulsions refoulées qui inspirent les arguments sophistiques et les jeux métaphoriques à l’œuvre dans les « rationalisations » élaborées par le Moi pour justifier son obéissance aux injonctions de son Sur-moi inconscient. Les sciences de l’homme n’auraient-elles finalement le choix qu’entre se laisser leurrer par le prétention illusoire X de l’homo ratiocinans à se déterminer en tous ses actes par la seule rationalité d’action, ou prendre leur parti d’ignorer les discours pseudo-rationnels de la ratiocination en les considérant comme des fantaisies verbales dénuée d’effets objectifs, simples épiphénomènes des pulsions irrationnelles, changeantes et contradictoires, qui feraient de l’homme d’instinct un homme aléatoire ? Si la psychologie s’en était tenue là, la psychanalyse n’existerait toujours pas. Si les représentations, croyances et idéologies constituent l’objet central de toutes les sciences de l’homme, même lorsque celles-ci entreprennent de décrire d’autres objets historiques, c’est bien parce que les symbolismes, privés ou collectifs, agissent toujours en médiateurs entre les comportements sociaux et les déterminations économiques ou biologiques.

Pareto revenait avec insistance sur la non-coïncidence automatique entre la vérité scientifique d’une explication et son utilité pratique pour l’efficacité d’une action sociale. Cette thèse paradoxale est peut-être au principe l’ouverture de sa sociologie aux orientations contemporaines des sciences sociales, dont on peut observer qu’elles continuent à se purger, avec l’affaissement des grandes théories et des paradigmes d’ambition universelle, de tous leurs résidus métaphysiques. Science de la restitution des « cas » à leurs « contextes » historiques, la sociologie d’aujourd’hui n’est pas une collection de monographies : science « axiologiquement neutre », indépendante des utilités sociales et éthiques, ne veut pas dire science « inutile » pour le développement de la « rationalité épistémique ». Si les sciences sociales étayent plus facilement une stratégie mise au service exclusif d’un fin économique qu’une ligne politique où, peu ou prou, entrent toujours des considérations d’« utilité collective », leurs explications fournissent aujourd’hui de nouveaux arguments rationnels à une critique politique de toutes les visions unitaires ou totalitaires du monde historique en dévoilant leurs « résidus ». Pareto raillait, sur cette base, la naïveté scientifique des utopies optimistes et humanitaristes du progrès venues du XIX° siècle. Mais sa conception de l’absence de rapports nécessaires, voire de la contradiction, entre la vérité d’un calcul scientifique et son utilité politique, permettrait tout aussi bien de critiquer aujourd’hui la naïveté scientifique des utopies optimistes de la mondialisation marchande qui remettent aveuglément l’avenir de l’humanité aux bons soins d’une croissance économique supposée nécessaire et indéfiniment extrapolable, sous prétexte que son modèle « pur » ne contient pas de contradiction logique.

Jean-Claude Passeron

NOTES

[1M. Allais : « L’homme rationnel devant le risque : critique des postulats et axiomes de l’Ecole américaine », Econometrica, 21 (4) Paris, 1953, pp.502-549. Sa critique d’une application mécanique de la courbe de Bernouilli aux choix opérés par un acteur « raisonnable » vise l’introduction de « l’axiome d’indépendance » de Savage et de « l’axiome de substitution » de Samuelson dans le modèle du calcul formel qui met en rapport l’espérance de gain et la probabilité objective de l’obtenir.

[2T. Parsons, The Structure of Social Action, New York, Mc Graw-Hill, 1937.

[3V. Pareto, Traité de sociologie générale (1ère éd. italienne, en 2 volumes, 1916 ; 1ère éd. française, revue par l’auteur, en 2 volumes, 1917-1919) ; 3ème éd. française (G. Busino ed.), Genève, Droz, 1968, ici référé comme TRAITÉ : c’est cette dernière édition qui est précédée d’une longue introduction par Raymond Aron, étude plus détaillée que XXX le chapitre qu’il a consacré à Pareto dans Les étapes de la pensée sociologique (Paris, Gallimard, 1967).

[4M. Weber, Wirtschaft und Gesellschaft (1ère éd., Tubingen, J.C.B. Mohr, 1922 ; 4ème éd. (J. Winckelmann ed.), Tübingen, J.C.B. Mohr, 1956). Sous le titre Economie et société, Tome I, sont traduits en français la « première partie » et le début de la « seconde partie » (J. Chavy et E. de Dampierre eds), Paris, Plon, 1971. Il existe des traductions intégrales de l’ouvrage dans de nombreuses langues, mais en français seuls des fragments de cette deuxième partie ont depuis été traduits séparément : La ville (section 8 du Ch. IX, trad. P. Frisch, présentation J. Freund, Paris, Aubier, 1982) ou « L’État et la hiérocratie » (section 6 du Ch. IX), in Sociologie des religions, trad. et présentation J.-P. Grossein, introduction J.-C. Passeron, Paris, Gallimard, 1996.

[5Chez tous les chercheurs qui ont subi l’influence de Max Weber, c’est d’abord le sociologue qui a été identifié, admiré et imité comme fondateur d’un « style » de comparatisme historique où se reconnaissent d’emblée les traits les plus spécifiques de l’analyse sociologique. Schumpeter, historien encyclopédique de l’analyse économique (voir sa somme monumentale History of Economic Analysis, Oxford University Press, 1954 ; trad fr. Paris, Gallimard, 1983 ) y insistait dans son article nécrologique sur Max Weber : « Il était avant tout un sociologue ; et également un économiste, mais seulement indirectement et en second plan, même si, comme sociologue, il s’intéressait principalement aux choses de l’économie », J.A. Schumpeter : « Max Weberswerk », (7 août 1922) ; republié in Kölner Zeitschrift für Soziologie und Sozialpsychologie, XV, n° spécial « Sonderest : Max Weber zum Gedachtnis », 1963.

[6V. Pareto, Cours d’économie politique (1ère édition en deux tomes, Lausanne 1896 et 1897) ; rééd. Droz, Genève, 1964, référé ici comme COURS.

[7V. Pareto, Cours, op. cit. p. 300-347 ; et les Ecrits sur la courbe de la répartition de la richesse (rééd. Droz, 1965) où cette analyse parétienne est présentée le plus amplement, avec les premiers débats qu’elle a déclenchés, y compris sur la primauté de la découverte.

[8Algorithme toujours réutilisé, et devenu le « pareto-optimum » ou « optimum de Pareto » des calculs actuels. Le point de départ de ce raisonnement qui joue un rôle central dans l’économie comme dans la sociologie parétiennes apparaît à sa place déductive dans le système du Cours : « Il en résulte que, si l’on veut changer arbitrairement la distribution de la richesse, il convient de le faire en enlevant directement aux uns pour donner aux autres » (COURS, II, § 729 à 733, p. 99-100). L’assertion qu’« (un tel) transfert est nécessairement accompagné d’une destruction de richesse » n’est, comme le démontre Pareto, qu’une autre forme de la proposition par laquelle se conclut la « détermination des coefficients de fabrication par la condition du maximum d’ophélimité » (COURS, II, § 720 à 723, p. 90-94). Quant à la place de cette proposition dans l’architecture de la théorie pure du Cours, c’est Pareto lui-même qui l’explicite en affirmant aussitôt que « ce théorème joue, en économie politique, un rôle analogue à celui du second principe en thermodynamique » (loc. cit. p. 100).

[9Cf. par exemple la théorie des « crises économiques », § 930-938 du Cours, où intervient une analyse des « causes subjectives » qui débordent nécessairement le champ de « l’économie pure ».

[10G.-G. Granger, « Les trois formes de la rationalité économique », in Le modèle et l’enquête : les usages du principe de rationalité dans les sciences sociales (sous la direction de L.-.A Gérard-Varet et J.-C. Passeron), Paris, Ed. EHESS, pp.567-580.

[11V. Pareto, TRAITÉ, op. cit., p. 150-151 où la tâche de « lever ces voiles et (de) retrouver les choses qu’ils dissimulent » figure (en 2°) parmi les principes qui définissent le projet sociologique, après le constat de « l’existence et de l’importance des actions non-logiques » (1°) et avant la distinction entre la « vérité expérimentale d’une théorie et son utilité sociale » (3°) et la variation de ces distinctions quand on les rapporte aux « différences entre les hommes, ou, si l’on envisage les choses en gros, entre les classes sociales » (4°).

[12Rupture dont Le métier de sociologue essayait de montrer qu’elle a fonctionné comme principe implicite de toutes les « théories de la connaissance du social » chez les fondateurs de la sociologie : P. Bourdieu, J.-C. Chamboredon, J.-C. Passeron, Le métier de sociologue (1ère éd.), Paris, Mouton, 1968. Sur la distinction entre « théorie de la connaissance sociologique » et « théorie des sociétés », cf. en particulier, p. 11, 37, 53-55, 116.

[13Hobbes, Le Léviathan, Ch. VIII.

Note de la rédaction

- Jean-Claude Passeron est directeur d’études à l’EHESS. Ses travaux portent sur l’épistémologie des sciences sociales et la sociologie de la culture et des arts. Parmi ses principaux ouvrages figurent : Les héritiers. Les étudiants et la culture (avec Pierre Bourdieu, Paris, Ed. de Minuit, 1964) ; Le savant et le populaire. Populisme et misérabilisme en sociologie et en littérature (avec Claude Grignon, Paris, Le Seuil/Gallimard, 1989) ; Le raisonnement sociologique. L’espace non-poppérien du raisonnement naturel (Paris, Nathan, 1991).

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