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Petit traité d’anthropologie

Un ouvrage d’Albert Piette (Socrate Editions, coll. "Science Ephémère", 2006, 92 p., 13€)

publié le dimanche 28 mai 2006

Domaine : Anthropologie

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Par Marc Lenglet [1]

L’ouvrage proposé par Albert Piette est original à plus d’un titre. De facture courte, il se présente comme un essai classique, et se donne pour objectif de souligner les spécificités propres à une anthropologie possible, soucieuse d’une double question : celle des origines, celle du réel. Cette dualité constitutive, matérialisée par l’exposé d’une passion ouvertement déclarée dans les premières pages [2], amène l’auteur à opérer une mise en perspective des courants reconnus comme classiques en anthropologie, pour mieux en souligner les limites et les insuffisances.

C’est par une rapide mais efficace mise en place des « scénarios d’origine », qui se veulent autant de récits fondateurs quant aux sources de l’espèce, que l’auteur entame sa réflexion. Le récit mythique de Protagoras lui offre une ouverture en ce sens et lui permet de mentionner les trois caractéristiques essentielles à l’hominisation que sont le langage, l’outil et la règle. Cette triade signifiante sera mobilisée tout au long de l’ouvrage. Ce sont alors l’évolutionnisme de Morgan, le fonctionnalisme de Malinowski, le structuralisme de Levi-Strauss puis les travaux de Godelier qui sont évoqués. Dans ces quatre visions s’ancre le reproche fait par l’auteur à ces traditions : celui d’un cadre épistémologique oublieux de sa présence, qui enjoint une appréhension non phénoménale du donné anthropologique : toujours, « l’homme des commencements est [...] un homme socio-culturel » (p. 30). Cette dimension factuelle nécessaire mais non assumée s’est peu à peu instillée dans la plupart des raisonnements ethno-anthroplogiques : c’est la dimension antéprédicative qu’il faut mettre bas en la révélant, c’est le cadre culturel toujours déjà là qui empêche l’anthropologue d’accomplir à bien son travail de recherche de l’origine.

Quels sont les éléments identifiant cet individu sociologique objectivé, véhiculant « un déficit anthropologique » notoire ? En tant que tel, « l’homme socio-culturel » fait porter sur l’anthropologie un risque triple : obérant la capacité du modèle à restituer l’action dans son effectuation propre, il force la tendance naturelle de toute modélisation à travailler les situations limites exceptionnelles, il pousse également l’analyste à oublier l’hétérogénéité des situations, des contextes et des épiphénomènes constituant pour ainsi dire la chair du réel vécu. L’« a priori théorique » (p. 31) cadrant un socio-culturalisme implicite se trouve ainsi questionné, qui oriente fortement la qualification de l’objet en son appréhension (qu’est-ce qu’un « bon objet » d’étude anthropologique ?), mais également le lieu collectif dans lequel il s’ancre (quel statut accorder à l’idéaltype wébérien ?). C’est cette sélection contrainte de l’action légitimement observable et explicable que Piette décortique, en déroulant la série des programmes sociologiques développés autour de l’« action » envisagée dans sa nature même, de Bourdieu à Goffman en passant par Thévenot, Pharo, Garfinkel et quelques autres encore. Le plus souvent se matérialise l’oubli du site explicatif à partir duquel l’action est envisagée : universalisé, le modèle semble s’affranchir du seul lieu pour lequel il peut être déclaré valide, savoir le lieu de son avènement : partant, « cet homme socio-culturel est anthropologiquement impossible » (p. 41).

Piette formule alors quelques propositions permettant de sortir de ce cercle épistémologique, suggérant la pratique d’un « décentrement par rapport aux modalités habituelles de mise en perspective socio-culturaliste » (p. 49), un décalage révélant la nécessaire étude des modalités de présence de l’homme, ses interactions avec les entités peuplant son champ d’action. La description ethnographique devient ainsi consciente, dans son fonctionnement propre, du paradoxe que révèle ce que l’auteur appelle un « mode mineur de la réalité » (p. 54), un mode de donation du réel qui oscille constamment entre ce qu’il est et ce qu’il n’est pas, entre son accessibilité à la description et son refus de toute mise en forme ordonnée des strates de sens révélées [3].

L’ouvrage se clôt sur des descriptions précises des relations tissées entre l’usage de outil, celui d’un langage, celui de règles, qui sont autant de dispositifs distanciant l’homme par rapport à lui-même, lui conférant une relative extériorité par rapport aux situations qui s’offrent à lui dans « le cours concret de l’action » (p. 80). C’est là que s’expriment comme par surcroît les « restes » véhiculés par le mode mineur de la réalité, un mode respectueux des entours, des marges de l’action. Le savoir-faire d’une méthode éprouvée se trouve alors valorisé, à la rencontre d’un programme de connaissances anthropologique et de la chair du vécu propre à l’anthropologue lui-même. Le statut de ses descriptions, pleinement mis en lumière, en ressort exhaussé par l’appréhension de ses limites consubstantielles et pourtant rarement signifiées.

NOTES

[1Marc Lenglet est doctorant en sciences de gestion (Université Paris II).

[2« la passion des origines et celle du réel », op. cit., p. 9.

[3L’auteur évoque également « la dimension fugitive et émiettée de la réalité », op. cit., p. 53. Le vocabulaire employé, le souci de l’approche retenue ne sont pas sans évoquer certains textes de Merleau-Ponty.

Note de la rédaction

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