actualités.annuaire.agenda.lettre

mardi 9 février 2010 11:24
ABONNEZ-VOUS !
Recevez chaque mois, dans la lettre de liens socio, une synthèse complète de l'actualité des sciences sociales...
je m'abonne
je me désabonne
email 
Les canuts, ou la démocratie turbulente - Lyon 1831-1834Un ouvrage de Ludovic Frobert (Tallandier, 2009)           Le prix lycéen du livre d’économie et de sociologie 2009 attribué à Elsa Fayner           SociologieAppel à contributions pour le premier numéro de la nouvelle revue académique de sociologie créée à l’initiative de Serge Paugam           L’état des inégalités en France 2009. Données et analysesUn ouvrage coordonné par Louis Maurin et Patrick Savidan (Belin, Observatoire des inégalités, 2008)           Lecteurs de Revues.org, qui êtes-vous ?Questionnaire en ligne           La raison scolaire. Ecole et pratiques d’écriture, entre savoir et pouvoirUn ouvrage de Bernard Lahire (Presses universitaires de Rennes, coll. "Paideia", 2008, 193 p., 18€)           Les revues de sciences humaines et sociales doivent-elles être classées ?           Pour la défense du service public d’enseignement et de recherche, Liens Socio s’arrête aussi !           Le travail de l’utopie : Godin et le Familistère de GuiseUn ouvrage de Michel Lallement (Paris, Belles Lettres, coll. "L’Histoire de Profil", 2009)
   
 

rubriques
Actualités
Multimédia
Télé, radio, ciné...
Lectures
Rencontres
Appels d’offres
Appels à contributions
Bourses et prix
Emplois, postes
Expositions
Opinions
Idées

publié dans la rubrique
"Lectures"
le jeudi 15 février 2007

La sociologie de Max Weber
Un ouvrage de Catherine Colliot-Thélène (La Découverte, coll. "Repères", 2006)

Par Horacio Ortiz [1].

Catherine Colliot-Thélène réussit à allier dans un court ouvrage une introduction globale à l’oeuvre de Max Weber, accessible aux non-spécialistes, et une proposition d’interprétation nouvelle de sa place dans les sciences sociales. L’ouvrage commence ainsi par retracer l’histoire parfois mouvementée et conflictuelle de la réception et de la traduction de l’œuvre de Max Weber en France. Ce faisant, Colliot-Thélène permet au lecteur de comprendre d’emblée où se situe la démarche qui anime son ouvrage : il s’agit de dégager l’œuvre de Max Weber de certains débats jugés dépassés, afin de voir en quoi les concepts wébériens les plus connus permettent d’appréhender la réalité sociale du XXIème siècle. L’auteur propose donc une sociologie de Max Weber qui ne s’oppose pas frontalement à l’œuvre de Marx et qui ne permet pas une justification du rationalisme transcendantal comme celle tentée par Jürgen Habermas.

Catherine Colliot-Thélène resitue les grands thèmes et concepts de l’œuvre de Weber dans une réflexion salutaire sur les enjeux méthodologiques, en montrant leurs différents usages et redéfinitions dans l’histoire des sciences sociales. La construction toujours provisoire d’idéaux-type et l’insistance sur la pluralité des liens causaux en histoire sont, pour Max Weber, les outils d’une science du particulier, conçue comme un instrument pour agir dans le présent. La réflexion méthodologique de Max Weber a un rôle fondamental dans la manière dont il essaie de penser le droit, la rationalité et le rapport social. Plus qu’une série de catégories toutes faites et prêtes à l’emploi, l’œuvre de Weber est le produit d’une démarche toujours inachevée, qui ne sacrifie cependant pas l’explication causale à l’incomplétude constitutive de ses capacités de connaissance.

Le décryptage de la méthodologie wébérienne permet alors de resituer ces concepts dans une vision du social beaucoup plus subtile et dynamique que ne le laissent souvent penser les débats qui ont opposé holisme et individualisme, matérialisme et idéalisme. Colliot-Thélène rappelle le lien profond entre les préoccupations de Weber et celles de Marx, le sociologue reprenant à bon compte certaines des thèses et surtout des questions marxiennes, pour les dégager d’un matérialisme dogmatique, sans pour autant tomber dans les travers d’un idéalisme tout aussi dogmatique. Plutôt que de voir un lien causal unique entre représentations religieuses et conditions matérielles et économiques, Max Weber insiste tout au long de son œuvre sur la multiplicité des causalités en jeu dans le réel. Alors que les représentations religieuses ont une influence certaine sur les possibles de l’activité économique, les conditions professionnelles sont souvent déterminantes dans la formation d’une justification morale du monde.

Les chapitres suivants reprennent certains concepts et thèmes fondamentaux de l’œuvre wébérienne, tels que la « rationalité », l’« habitus », ou la « disposition » (Gesinnung) et la conduite de vie. Colliot-Thélène libère l’œuvre de Max Weber des interprétations rationalistes qui ont trop insisté sur la consistance du concept de rationalité, en montrant que pour Weber ce concept a des sens multiples. Elle montre ainsi comment l’œuvre de Max Weber est moins à comprendre comme une étude de la rationalité par elle-même que comme une étude des rapports de force sociaux et historiques, dans lesquels les individus développent leurs « rationalités » comme conduites de vie, styles, et dispositions éthiques, tout ceci dans leur singularité, et non pas guidés par une téléologie ou une structure de la raison transcendantales.

On pourra néanmoins regretter deux limites de l’ouvrage. La première, théorique, tient à la tentative de dégager l’œuvre de Max Weber des débats qui ont structuré sa compréhension jusqu’à il y a peu. L’auteur réussit à resituer la sociologie wébérienne au-delà de l’opposition entre marxisme et individualisme. Pourtant, elle reproduit le silence des deux parties du débat sur le lien entre l’œuvre de Max Weber et celle de Nietzsche. Ceci est surprenant, d’autant plus que l’auteur rappelle que pour Weber, Nietzsche et Marx étaient deux auteurs fondamentaux (suite à quoi elle développe un encadré sur le lien entre Weber et Marx, sans reparler de Nietzsche). En plus, pour resituer l’œuvre de Max Weber dans une réflexion historique sur les puissances sociales, elle reprend les thèses de Wilhelm Hennis, notamment sur la formation des types humains, thème que cet auteur relie directement à l’influence de l’œuvre de Nietzsche sur celle de Weber. On aurait pu espérer d’une présentation qui se dégage des débats entre individualisme et structuralisme et qui insiste sur l’importance des rapports de pouvoir dans la dynamique des relations sociales qu’elle resitue Nietzsche dans un débat qui avait beaucoup fait pour l’écarter.

La deuxième limite, d’un point de vue empirique, est le peu de discussion de l’intérêt de l’œuvre de Weber pour une fraction émergente des sciences sociales, qui pourrait être appelée la « sociologie économique ». Weber a placé son œuvre en amont de la division entre disciplines sociologiques et économiques, et a essayé de comprendre les liens entre politique et économie, entre valeurs morales et rapports monétaires, dans une dynamique historique qu’il percevait comme mondiale, et qui aujourd’hui est souvent appelée « globalisation ». Colliot-Thélène affirme au début de son ouvrage que pour Max Weber le mot « social » n’a pas de sens sans un prédicat, et que celui-ci est l’économie. Pourtant, elle y accorde beaucoup moins de réflexion que celle qu’elle dévoue, par exemple, à la sociologie wébérienne du droit. Malgré tout, l’apport de Weber aux réflexions actuelles des sciences sociales sur les enjeux économiques est fondamental.

Ce livre propose une vision dynamique et systématique de la sociologie de Max Weber, et ouvre la voie à une réflexion sur son apport pour les sciences sociales contemporaines, dégagée des débats souvent simplificateurs qui l’ont enfermée jadis dans l’opposition entre les perspectives marxiennes et idéalistes. C’est en cela une porte d’entrée très stimulante pour une œuvre aussi riche que complexe.

[1] Horacio Ortiz est doctorant en anthropologie sociale à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.


Cet article a déjà été consulté par 2783 visiteurs.



Forum



Votre discipline
  • Sociologie


  • A lire aussi dans la rubrique "Lectures" :
  • Ni Dieu, ni Darwin - Les Français et la théorie de l’évolution
    Un ouvrage de Dominique Guillo (Ellipses, 2010)
  • La réforme de la filiation
    Un numéro de la revue "Recherches familiales" (n° 7, 2010)
  • Des liens et des transferts entre générations
    Un ouvrage d’André Masson (Editions EHESS, Coll "En temps & Lieux", 2009)
  • Sociologie de l’obésité
    Un ouvrage de Jean-Pierre Poulain (PUF, Coll "Sciences sociales et sociétés" , 2009)
  • Fluidité sociale et souffrance
    Un ouvrage de Jean Foucart (L’Harmattan, Coll "Logiques sociales", 2009)
  • La juridicisation du politique
    Sous la direction de Jacques Commaille, Laurence Dumoulin , Cécile Robert (LGDJ, coll. "Droit et Société", 2010)
  • Religions et colonisation
    Un ouvrage sous la direction de Dominique Borne et Benoit Falaize (Editions de l’Atelier, IESR, INRP, 2009)




  • catégories

    coups d'oeil
    nouveaux sites
    meilleurs sites
    sites les + visités
    lyon socio
    spécial lycée


















    conception et administration :
    copyright © liens socio 2010 - présentation - partenaires
    site mis à jour le 09.02.10 - 1492551 pages consultées depuis le 18 février 2002

    liens socio est réalisé avec Spip, Php et MySql, et est hébergé par Appli-Box

    accueil | haut de la page

    espace administrateur :