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publié dans la rubrique
"Appels à contributions"
le mardi 10 octobre 2006

Faut-il avoir peur du relativisme ?
Appel à contributions, revue Tracés, numéro 12

Le point de départ de ce numéro est sans doute le constat des craintes que fait naître le relativisme, en dépit de sa très large diffusion. Il suscite de vives réactions de rejet ou des professions de foi enthousiastes : l’appellation inquiète ! Rares sont les chercheurs qui restent indifférents à ces débats. Pourtant, il n’est pas simple de circonscrire le territoire du relativisme, tant le thème recouvre une nébuleuse de positions parfois non congruentes : culturalisme dans les sciences sociales, incommensurabilité en philosophie des sciences, communautarisme en philosophie morale et politique... Le relativisme fait peur et attise des querelles quand il touche des variables que nous croyons solides et indépendantes, mais sa logique est invariante et souvent usuelle. Tant le vocabulaire que la grammaire du relativisme doivent donc attirer notre attention : qu’est-ce qui est relatif à quoi ? Un schéma relativiste fonctionne en effet à partir d’une variable dépendante (A) et d’une variable indépendante (B) : A est relatif à B. Ce schéma s’applique à de nombreux cas et peut paraître tout à fait général mais les enjeux dépendent du choix des variables et de la force de la relation (nécessité, probabilité, suffisance). Les débats autour du relativisme seront ainsi beaucoup plus virulents si la vérité ou le langage sont choisis comme variables dépendantes plutôt que comme variables indépendantes.

Le vocabulaire du relativiste varie donc en fonction des échelles (locale ou globale), des champs d’application (moral, épistémologique ou culturel) ou des prétentions (descriptive ou normative, théorique ou empirique, faible ou forte) qui sont les siennes. Il convient donc de parler avec autant de prudence possible, et sans soupçons faciles, des relativismes rendus à leur pluralité. Il s’agira par conséquent de diversifier autant que possible les lexiques touchant aux relativismes, afin de proposer, par-delà les crispations, un spectre nuancé de versions plus ou moins fortes, qui peuvent éviter tant les pièges de l’auto-réfutation que ceux d’un contextualisme naïf. Plutôt que de se prononcer pour ou contre tel ou tel type de relativisme, l’enjeu serait plutôt d’en étudier les usages et les conflits qui en découlent. Pour reprendre les mots de B.Williams : au lieu de « savoir si nous devons penser de façon relativiste, pour des raisons logiques ou conceptuelles, ou si cela est impossible, nous devrions plutôt demander quelle place nous pouvons raisonnablement trouver pour une pensée de ce genre, et dans quelle mesure elle répond plus adéquatement à la réflexion. » (L’Ethique et les Limites de la Philosophie, p.173)

Plusieurs axes ont été retenus :

* Histoire des relativismes : études de cas

Des histoires restent à faire sur les termes et les enjeux des débats qui jalonnent l’histoire de la philosophie et des sciences. Une histoire longue de l’Occident, aussi impressionniste soit-elle, n’est pas sans nous rappeler la persistance et la résistance de formes multiples de relativismes : de la logologie des sophistes à la réflexion sur le multiculturalisme en passant par l’émergence de l’universalisme français à l’aune de la Révolution opposé au particularisme allemand du début du XIXème siècle, notamment sous l’impulsion de Herder.

* Synthèse et explicitation des débats :

Le propos, on le voit, est de prendre le soin d’inscrire la figure du relativiste dans le contexte polémique qui le fait exister, de proposer de grandes distinctions entre les types de relativisme, bref de baliser ce champ d’oppositions. Des synthèses (pouvant prendre la forme de revue de presse par exemple) seront à cet égard des plus appropriées pour comprendre des affaires plus locales et circonscrites où l’étiquette relativiste est selon les camps étendard ou stigmate : l’affaire Sokal, la querelle Pascal Engel/Alain de Libera autour du statut de l’histoire de la philosophie, la discussion R. Rorty/C. Geertz autour de l’anti-anti-ethnocentrisme et de l’anti-anti-relativisme, ou celle entre Rorty et Putnam sur la possibilité de la rationalité contre le relativisme.

* Epistémologie et théorie

Il sied alors de laisser une bonne place aux débats actuels sur le sujet en philosophie des sciences ou dans les Social Studies of Science, autour de notions nodales, comme la vérité la référence, la critique de la dissociation schème/contenu, l’incommensurabilité, ou encore la discontinuité. Quelles en sont les fécondités heuristiques ? S’agit-il vraiment de positions relativistes ? Au-delà se pose la question complexe du rapport entre le réalisme et le relativisme.

* Méthodologie et pratique des sciences

Pour autant, le seul point de vue théorique n’est pas suffisant. En écho avec l’axe précédent, une approche plus méthodologique devrait traiter davantage des problèmes pratiques que pose le relativisme dans bon nombre de disciplines, de la logique aux sciences sociales en passant par la physique. En anthropologie, par exemple, des réponses contemporaines sont données à l’oscillation entre ethnocentrisme et relativisme au travers de la revendication du dialogisme ou le recours à des « anthropologues indigènes ». Les contributions s’efforceront de rester le plus fidèle possible au déroulement des controverses et aux solutions méthodologiques apportées, dans une perspective d’histoire des disciplines.

* Usages du relativisme et conséquences politiques :

Le numéro reste largement ouvert aux contributions des juristes, politologues et des spécialistes de philosophie politique, qui pourront éclairer le lecteur sur les conséquences politiques et morales du relativisme : la critique communautarienne de Rawls, la reconnaissance des minorités ou les dérives communautaristes, le post-colonialisme, la discrimination positive sont autant de perspectives à envisager. En particulier, la querelle entre universalisme et relativisme devra être interrogée pour voir notamment en quoi ces positions peuvent résulter d’un ethnocentrisme commun. Le comité de rédaction de Tracés tient à rappeler que l’appel à contribution n’a en aucun cas valeur d’obligation. Il a simplement vocation à suggérer aux rédacteurs potentiels quelques pistes très générales de réflexion.

Rubriques et critères

Depuis le numéro 11 portant sur « L’engagement », nous avons choisi de distinguer deux rubriques au sein des articles : une rubrique « synthèse » et une rubrique « enquête ». Cette distinction a pour but de clarifier la démarche de l’article, étant entendu que la présentation de l’argumentation et les exigences de recevabilité ne sont pas les mêmes quand il s’agit d’un article purement théorique ou quand il s’agit d’un article provenant d’une étude empirique.

Les propositions pour la rubrique « synthèse » : Cette rubrique regroupe des articles théoriques articulés autour d’un problème général, directement relié au thème du numéro. Les propositions (de 5 pages maximum) doivent donc absolument comprendre une bibliographie indicative appuyant la thèse centrale et permettant de justifier un ancrage théorique clairement annoncé. Devront de plus apparaître dans la proposition, de façon explicite, la thèse défendue et son lien direct avec le thème, les étapes de l’argumentation et un positionnement par rapport au traitement du même thème dans d’autres disciplines. Ces articles peuvent aussi bien être des commentaires de l’œuvre d’un auteur en particulier, que des travaux d’histoire de « seconde main », par exemple.

Les propositions pour la rubrique « enquête » : Cette rubrique attend des contributions empiriques. Il est donc impératif de préciser le terrain qui fonde l’argumentation. Par exemple, en histoire ou dans un article de philosophie appuyé sur des sources, il est nécessaire de présenter le corpus. La méthode employée, à la fois pour recueillir et interpréter les données, devra aussi être justifiée. Par exemple, qu’apporte une méthode qualitative au traitement du problème, par rapport à une méthode quantitative ? Le choix d’une méthode va souvent de pair avec un ancrage théorique. L’articulation entre ces deux dimensions devra aussi apparaître.

Ces contraintes ne doivent pas conduire à un simple exposé monographique. La contribution devra clairement rattacher le terrain au thème du numéro, en annonçant la thèse générale que permet d’énoncer le travail empirique.

Il est donc demandé aux contributeurs de bien préciser pour quelle rubrique l’article est proposé.

Les propositions de contribution sont à envoyer avant le 15 janvier 2007 à l’adresse suivante : traces@ens-lsh.fr.

(Les versions définitives des contributions retenues seront à envoyer avant le 30 mars 2007) Pour plus d’informations sur la revue et son projet : http://www.ens-lsh.fr/assoc/traces


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