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publié dans la rubrique
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le mercredi 16 janvier 2008

Devenir Média. L’activisme sur Internet entre défection et expérimentation .
Un ouvrage d’Olivier Blondeau, avec la collaboration de Laurence Allard (Éditions Amsterdam, novembre 2007)

Par Frédérique Giraud

Les premières pages de Devenir média sont consacrées à la critique virulente, mais fermement argumentée, par le renfort de nombreuses références bibliographiques, d’un article de Serge Halimi paru dans Le Monde diplomatique en août 2000, où ce dernier dénonçait l’idéalisme des cybernautes croyant en une ère nouvelle pour le militantisme, l’ère internet. Internet ne serait pas pour S Halimi le nouveau lieu pertinent de l’activisme politique. Au contraire, pour O. Blondeau et L. Allard, les constats sur la fin des militants et le désengagement manquent leur cible, parce qu’ils ne savent pas reconnaître les espaces aujourd’hui pertinents pour comprendre l’engagement politique. Les ressources militantes des actifs en politique ont été reconverties dans l’activisme électronique. La question à laquelle souhaite répondre l’ouvrage peut se formuler ainsi : « Internet peut-il être considéré comme un outil au service de la démocratie, des mobilisations collectives, de la politique... ? »

Un triptyque donne à l’ouvrage sa cohérence argumentative : en effet les pratiques des acteurs prennent sens au regard des notions d’expérimentation, de défection et d’expressivisme. Ces trois notions explicitées dans l’introduction caractérisent toutes trois le nouvel activisme politique. Celui-ci est analysé dans ses modalités pratiques et techniques, mais aussi artistiques. Olivier Blondeau et Laurence Allard inscrivent leurtravail dans une analyse des nouveaux mouvements sociaux. Cet ouvrage demande à être compris dans la suite d’un module d’enseignement à l’université Lille-3 intitulé « Dissidences numériques » à la frontière de la science politique et de la sociologie de la culture. Selon le texte de présentation de cette approche, la politique demande à être pensée comme une culture. Ainsi que le rappellent les avant-gardes du XX siècle ou le Do it Yourself du mouvement punk, un mode d’action historique a été la résistance culturelle.

L’auteur procède à un cadrage théorique et historique fort utile en introduction. Ainsi doivent être distinguées trois phases différentes de l’activisme. La première relève de ce que Blondeau appelle les actions de « désobéissance électronique » qui recouvrent des activités de hackers, qui piratent des systèmes informatiques, des campagnes de « fax jams » ou de phone zapping. Le fax et le téléphone sont utilisés comme des moyens de harceler des institutions et des entreprises. Internet a constitué pour ce genre d’actions de mobilisations le tremplin idéal pour leur déploiement. Cet activisme est-il un activisme à part entière ? Se substitue-t-il à des répertoires d’actions plus traditionnels ? Progressivement est née la conviction qu’Internet pouvait devenir un lieu pertinent et même plus efficace de l’action politique.

De 1995 à 2001, l’Internet militant prend véritablement forme avec les listes de diffusion sur le web. Internet donne la possibilité à ceux qui n’appartiennent pas ou ne veulent appartenir à des organisations syndicales de donner une ampleur à leurs revendications. Cette période de développement de technologie façonne de nouveaux comportements engagés permettant à de nombreux de se dégager des organisations. On parle de micro-mobilisations, non pour témoigner de leur faible diffusion, mais pour signaler qu’elles peuvent se déployer à parti de l’action d’un homme. En France, l’Internet militant s’est construit autour d’individualités, d’activistes très minoritaires et de radicaux issus de la culture libertaire.

De 2001 à 2004, on peut parler de tournant vidéo de l’activisme et plus largement de tournant culturel. Les films militants, auxquels est consacrée toute la première partie de l’ouvrage dressent des passerelles avec le monde de l’art. le développement d’Internet et notamment des systèmes de gestion de contenus permettant à des novices de publier des contenus, de créer des interfaces web sans avoir besoin d’être un génie de l’informatique ouvre à une plus grande diffusion ces pratiques. Le développement des téléphones portables, leur sophistication autorise aux militants la mobilité. L’espace public s’étend à l’espace électronique ouvert par le portable.

L’ouvrage se compose de deux parties. La première est consacrée aux vidéos militantes, elle en analyse les différentes étapes d’évolution. On peut regretter cependant que les concepts sur lesquels s’appuie l’auteur ne fassent pas l’objet d’une définition concise et stratégique avant l’argumentation. Ainsi, s’il est question dans le premier chapitre de la première partie des médias communautaires, on ne sait pas vraiment de quoi il retourne. La vidéo a pu être utilisée par les militants pour assurer une fonction de surveillance des manifestations, et permet aussi de se défendre en cas d’arrestation, elle fonctionne alors comme « vidéo-vérité ». Blondeau et Allard décortiquent des exemples de façon précise et argumentée. La vidéo sur Internet (chapitre II) se développe dans l’héritage du cinéma expérimental militant des années 70, l’utilisation de la vidéo-militante bénéficiant à la fois de l’augmentation des débits Internet, de l’accroissement des capacités de stockage. Le réseau Internet a en effet pour caractéristique de stocker à un coût relativement faible des quantités importantes d’informations (chapitre III). Mais qu’en est-il de la publicisation des ces vidéos ? Comment se diffusent-elles ? (chapitre IV) Les productions ne circulent pas seulement sur le net et ne sont pas réservées à un usage privé, elles sont diffusées à des collectifs par le biais de festivals et des espaces associatifs. Avec les PDA, les téléphones portables, se déploie un mouvement d’externalisation d’Internet. Le chapitre V intitulé « Médiascape et vernacularisation du web militant » amène à réfléchir sur la sémiotique des médias.

La seconde partie de l’ouvrage se consacre à une cartographie du politique à l’heure d’Internet. Intitulée de façon programmatique « Syndiquez-vous ! Agrégation et devenir commun du réseau militant », elle pose la question de la localisation du mouvement politique. Il est difficile d’identifier un commandement centralisé, des organisations fédératrices. Le chapitre VI propose de penser les phénomènes décrits dans leur dimension technique et empirique en partie I en termes d’espace et de temporalité. Enfin le chapitre VII tente de qualifier la capacité « d’agir politique » de l’activisme électronique. Les nouveaux horizons de l’action constituent-ils une alternative à l’activisme classique ? O Blondeau et L. Allard discutent de façon critique les travaux de M. Hart et T. Negri autour de la notion de « devenir commun ». Selon quels principes ces différentes actions peuvent-elles s’agréger pour donner sens à un nouvel espace du politique ? A travers de nouveaux dispositifs techniques, comme le blog, s’expérimentent de nouvelles façons de coopérer.

L’ouvrage est assez difficile à lire. Outre le fait qu’il est particulièrement dense, il fourmille d’exemples, où se multiplient les sigles et les références à des techniques qui échappent à première lecture à l’utilisateur moyen d’Internet. Par ailleurs, l’objet de la recherche est multiple et insaisissable au premier regard. Cela est dû à l’amplitude chronologique de l’objet que veut saisir l’auteur, puisque son étude court sur dix ans, de 1995 à 2005. Dix années au cours desquelles, comme le souligne l’auteur, l’objet de l’enquête, le « médiactivisme » s’est profondément renouvelé. Mais également au fait que les exemples donnés par l’auteur sont largement anglophones, les pratiques dont il est question étant moins développées en France, de sorte que l’on navigue souvent dans l’inconnu. La richesse de l’objet fait aussi ce qui parfois le rend plus difficile à embrasser du premier regard...


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