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publié dans la rubrique
"Lectures"
le mercredi 10 juin 2009

L’élitisme républicain. L’école française à l’épreuve des comparaisons internationales
Un ouvrage de Christian Baudelot et Roger Establet (Seuil, coll. "La République des idées", 2009)

Par Pierre Bataille [1]

En cette période où le gouvernement français use et abuse des classements et évaluations pour légitimer sa politique de démembrement du système éducatif, les tests PISA (pour Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves) mis en place au niveau des pays de l’OCDE depuis maintenant 9 ans ont de quoi éveiller toutes les craintes. Si l’on rajoute à cela la fâcheuse habitude des principaux médias à n’utiliser que l’information la plus anecdotique (le classement final qui détermine qui sont les « premiers de la classes » parmi les pays concernés), on ne peut à première vue qu’abonder dans le sens d’un certain scepticisme envers ce type de tentative de comparaison internationale en termes d’éducation. Et pourtant PISA ne sert pas uniquement à produire un palmarès des systèmes éducatifs : les résultats de ces tests peuvent aussi éclairer sous un jour nouveau les questions que nous pose notre propre système d’éducation à l’échelle nationale. C’est à nous convaincre de la portée de cette proposition que s’attachent, dans leur nouvel ouvrage, Christian Baudelot et Roger Establet.

Les deux auteurs sont familiers de l’utilisation des données issues de ces tests, qui occupaient déjà une part importante de leur précédent ouvrage [2]. Aussi, le présent livre s’ouvre sur un exposé des méthodes utilisées pour le recueil des données et de la philosophie générale des épreuves. Cette présentation entre d’ailleurs en résonance avec une série d’article déjà parus sur La Vies des idées.fr, site relié à la maison d’édition à l’origine de la parution de ce nouvel ouvrage. Dans cette partie introductive au titre évocateur (« Qui a peur de PISA ? »), les auteurs reviennent aussi sur les problèmes de réception des résultats de ces tests en France, où les résultats de PISA sont souvent perçus comme une tentative d’homogénéisation des modèles éducatifs selon les principes de l’OCDE. Ils proposent alors de prendre une perspective inverse : soit, la philosophie générale à l’origine des test PISA diffère largement de celle qui informe la conception de l’école primaire et secondaire française, mais l’analyse rigoureuse de cette différence et des comparaisons établies grâce à ces tests ne pourrait-elle pas permettre de mieux comprendre les forces et faiblesses de notre propre système scolaire si jalousement gardé ? C’est ici le point de départ de la réflexion des deux auteurs. La suite de l’ouvrage est donc une critique point par point et preuve empirique à l’appui du bréviaire des idées reçues à propos du système éducatif français. Chaque chapitre est organisé autour d’une idée simple qui est par la suite expliquée et discutée à l’aune des résultats obtenus par l’intermédiaire de PISA. Sont ainsi tour à tour interrogés les bienfaits supposés du redoublement (Ch 3), les interactions entre égalité sociale et réussite scolaire (Ch 4 et 5), les liens entre la proportion d’enfants immigrés et la supposée « baisse de niveau général » (Ch 6), et enfin, thème cher au tandem, la question de la non corrélation entre les réussites scolaires féminines et leur orientation vers les filières les plus prestigieuses (Ch 7).

Les analyses des auteurs, comme à leur habitude, sont marquées d’un certain optimisme. La lecture comparée des résultats par C. Baudelot et R. Establet repose sur une hypothèse centrale assez simple à la première lecture : l’élévation corrélative du niveau et du caractère égalitaire du système scolaire profite à toutes et à tous ou, pour le dire autrement, la formation d’élites performantes repose sur un niveau général de formation élevé dans la population. L’intérêt de la démarche des auteurs se situe moins dans le caractère novateur de leur cadre de lecture, dont les grands traits ont largement bien été fixés dans leurs précédents travaux, que dans leur utilisation systématique des données. Une fois explicitée, chaque hypothèse est passée au cordeau de la base de donnée constituée à partir des résultats aux tests et les remarques tirées de cette confrontation viennent enrichir en retour la compréhension du sujet traité. La question de l’efficacité du redoublement est sur ce point exemplaire. La comparaison entre les différents pays concernés montre ainsi très bien combien cette pratique scolaire relativement très répandue en France n’est pas facteur d’amélioration des performances selon les résultats de PISA. De même pour la hiérarchisation scolaire très précoce, elle aussi bien développée dans le système français, le résultats est sans appel : les pays qui pratiquent le moins la ségrégation précoce et favorisent le maintient d’un tronc commun assez tard dans la scolarité sont systématiquement dans le groupe de tête établi par l’intermédiaire PISA. Et les auteurs d’étayer de la sorte leur thèse que la constitution d’un tronc commun solide est plus efficace au final que la mise en place prématurée de filière sélectives.

Certaines des parties sont néanmoins relativement moins abouties et laissent un peu sur la faim, à l’instar du chapitre 5 sur la corrélation entre l’inégalité sociale et l’efficacité de l’école. On manque de détails plus précis sur le fonctionnement concret des différents systèmes éducatifs nationaux, mais on peut sûrement imputer ces remarques à la taille de ce très court ouvrage (118 pages). Le chapitre sur les différences de performances entre filles et garçon est lui aussi assez court. Pour plus de précision sur ce point, on pourra aisément se référer aux précédents ouvrages publiés sur ce sujet par les deux sociologues [3].

Si selon l’adage bien connu la sociologie est un sport de combat, cet ouvrage, parce que fondé sur un travail empirique conséquent et sérieux, est une arme très efficace dans toutes les luttes qui s’engagent pour le présent et le futur de notre système éducatif.

[1] Doctorant en sociologie (LIEGE) à l’université de Lausanne (UNIL).

[2] BAUDELOT C., ESTABLET R., 2007, Quoi de neuf chez les filles ? Entre stéréotypes et libertés. Paris : Nathan.

[3] BAUDELOT C., ESTABLET R., 1992, Allez les Filles !. Paris : Éditions Du Seuil ; BAUDELOT C., ESTABLET R., 2001, La scolarité des filles à l’échelle mondiale. in BLÖSS T., La dialectique des rapports hommes-femmes. Paris : PUF, p. 103-124 ; BAUDELOT C., ESTABLET R., 2007, Quoi de neuf chez les filles ? op. cit.


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