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publié dans la rubrique
"Lectures"
le mercredi 23 décembre 2009

Sociologie de la prison
Troisième édition de l’ouvrage de Philippe Combessie (La Découverte, coll. "Repères", 2009)

Par Patrick Cotelette [1]

Après deux premières éditions en 2001 et 2004, Philippe Combessie revient en 2009 sur son ouvrage résumant la sociologie de la prison. Spécialiste de la question, en étant notamment un des membres fondateurs du groupe de recherche Lasco ainsi que le lauréat du Prix Gabriel Tarde en 1996 pour Prisons des villes et des campagnes, Philippe Combessie livre ici une synthèse actualisée fort riche sur un champ de la sociologie aux multiples entrées et abordé par des auteurs européens et nord-américains. On appréciera notamment la clarté de l’auteur permettant au lecteur d’élargir sa conception de la prison au-delà de la conception la plus connue de « l’institution totale » popularisée par Goffman ; ainsi que le sérieux de l’auteur, faisant preuve de toute la neutralité axiologique qu’on peut attendre d’un travail de sciences sociales.

La synthèse permet ainsi d’étudier avec beaucoup de précision les différents aspects de la question carcérale. Un premier axe aborde les multiples relations entretenues par le monde carcéral avec le monde non carcéral. La première partie consacrée aux fonctions sociales de la prison permet d’observer en parallèle l’évolution des formes d’enfermement et l’évolution des justifications sociales de l’enfermement. Le tableau synthétique proposé page 19 permet d’observer d’un coup d’œil l’intégralité des positions relatives à l’enfermement.

Cette première partie fait écho - ce qu’on pourrait regretter - à la troisième partie du livre consacrée aux politiques de la prison. Cela dit, Philippe Combessie prend ici le temps de bien distinguer les politiques pénitentiaires, chargées de définir le cadre de l’enfermement, et leurs justifications, des politiques pénales, chargées de définir le cadre général des sanctions envisageables. L’analyse des politiques pénales se fait principalement par le prisme de l’analyse de la dualisation, c’est-à-dire la diminution de la proportion des peines de prison de courte durée combinée à l’augmentation de la proportion des peines de prison de longue durée.

Après une analyse des représentations de la prison et des politiques de la prison, Philippe Combessie recense dans la cinquième partie de l’ouvrage les analyses portant sur les relations concrètes de la prison avec le monde extérieur. Les analyses plus macrosociales, telles Surveiller et punir de Michel Foucault, ne sont que mentionnées - sans doute pour laisser plus de place aux analyses privilégiant les démarches empiriques aux démarches herméneutiques. La partie consacrée à l’analyse de la récidive y est admirable en montrant la dépendance de l’univers carcéral « aux choix opérés entre politiques sociales et politiques pénales, et, au sein des politiques pénales, entre l’utilisation de la prison en première instance et en dernière instance » (p.107).

Le monde interne de la prison constitue le deuxième axe du livre. La deuxième partie porte ainsi sur la description, dans le cadre français, des prisons et de leurs occupants. Parmi les occupants, le champ sociologique ainsi que l’institution pénitentiaire font plus cas des caractéristiques sociologiques des détenus que des caractéristiques sociologiques du personnel pénitentiaire - abordées moins précisément. On retiendra le profil-type du détenu : « on trouve, dans les prisons françaises, une très forte majorité d’hommes, relativement jeunes, pauvres, aux liens familiaux plus souvent distendus que dans le reste de la population, issus de milieux modes et fréquemment sans emploi au moment de l’incarcération, d’un niveau scolaire inférieur à la moyenne ; ils sont surtout de nationalité française, mais la proportion d’étrangers est importante, et encore plus la proportion des justiciables issus de l’immigration » (p.41) ; ainsi que l’explication institutionnelle de ce profil-type (encadré page 39).

La quatrième partie de l’ouvrage s’intéresse quant à elle à l’organisation de la vie en prison, d’un côté par le recensement d’analyses interactionnistes portant essentiellement sur les détenus, d’un autre côté par le recensement d’analyses des organisations portant essentiellement sur les rapports de pouvoir entre les personnels pénitentiaires. Cette partie recense ainsi les analyses les plus connues sur le monde de la prison.

Ainsi Philippe Combessie permet-il à tout lecteur dans cet ouvrage fort synthétique de consolider ses connaissances sur la sociologie de la prison tout en ouvrant différentes pistes de recherches sur l’analyse de cette « part d’ombre de la démocratie » (p.112). La bibliographie exhaustive en fin d’ouvrage invite à cet égard le lecteur à continuer à ouvrir la boîte noire que constitue bien souvent le monde carcéral.

[1] Professeur de sciences économiques et sociales


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