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publié dans la rubrique
"Lectures"
le mardi 29 décembre 2009

L’analyse de données quantitatives
Une réédition de l’ouvrage d’Olivier Martin (Armand Colin, Coll "128", 2009)

Par Samuel Coavoux [1]

Complément opportun des volumes plutôt qualitatifs de la série « L’enquête et ses méthodes », collection désormais très fournie de synthèses méthodologiques, L’analyse de données quantitatives d’Olivier Martin correspond en tous points à ce qu’étudiants et praticiens des sciences sociales sont en droit d’attendre d’une introduction aux méthodes statistiques. L’ouvrage, édité une première fois en 2005, se situe dans la continuité de celui de François de Singly, directeur de la série, portant sur Le questionnaire, et présente les principales techniques d’accès, de préparation et d’analyse de données quantitatives. Dans une langue claire, débarrassée de tout formalisme superflu, il est remarquable par sa concision et sa justesse. Mais surtout, et c’est là sans doute sa plus grande qualité, il s’agit du travail d’un sociologue s’adressant à d’autres sociologues, et non pas, comme souvent, d’une approche de mathématiques appliquées aux sciences sociales.

Les conséquences de ce positionnement sont nombreuses. Il s’agit, en premier lieu, du choix des techniques présentées, où la priorité est donnée aux plus fréquemment utilisées dans ces disciplines. L’analyse des correspondances multiples est ainsi préférée à l’analyse en composantes principales, dont elle découle pourtant, pour illustrer les techniques d’analyse factorielle. Les exemples, de la même manière, sont extraits de la littérature sociologique, et tissent ainsi un lien concret entre outil statistique et problématique sociologique. Enfin, l’intérêt porté à l’analyse, et donc aux manières d’interpréter les chiffres, plutôt qu’à l’anatomie des techniques statistiques permet à la fois de mettre à l’aise les plus rétifs à la formalisation mathématique et de ne traiter que de ce qui constitue le cœur de métier du sociologue. Il convient ainsi, dans une forme de division technique du travail, de laisser aux mathématiques et à l’informatique le soin, respectivement, de démontrer et d’opérationnaliser les techniques statistiques d’une part, de proposer des interfaces intuitives, réduisant le travail de l’usager, et les compétences techniques nécessaires, d’autre part.

Dégagé de ces questions certes importantes, mais quelque peu hors sujet pour l’utilisateur de techniques statistiques en sciences sociales, Olivier Martin peut se concentrer sur l’essentiel : la présentation des outils statistiques et la formulation de conseils pratiques d’utilisation. Il commence par décrire les modes d’acquisition de données statistiques en s’attardant sur les problèmes liés à l’échantillonnage et au passage du particulier au général (à quelles conditions et dans quelle mesure peut-on produire un discours sur la population étudiée dans son ensemble ?). La préparation des variables fait l’objet d’un chapitre, qui insiste sur le passage des variables primaires, les mesures faites par le questionnaire ou toute autre méthode de production de données, aux variables dérivées, sociologiquement pertinentes. Après un court intermède présentant les modes de mesure de la diversité des situations (écart-type, variance, tri à plat), est abordée l’analyse de données proprement dite. Le sujet est divisé en deux chapitres : le premier porte sur les relations entre deux variables et présente les croisements de variables qualitatives et le test du khi², le coefficient de corrélation, et l’ANalysis Of Variance (ANOVA) ; le second sur les analyses multivariées que sont les analyses factorielles, les régressions et les classifications automatiques.

Les conseils disséminés tout au long de l’ouvrage pourraient être résumés en une injonction : il ne faut jamais oublier que l’analyse sociologique prime sur la mise en œuvre technique des statistiques. Les techniques présentées forment une « boite à outil » (121) qu’il s’agit d’apprendre à utiliser. A la répétition mécanique de méthodes d’analyse éprouvées, comme, pourrait-on ajouter, à la mise à distance de l’analyse quantitative par manque de familiarité avec les chiffres ou par crainte qu’ils ne permettent pas de « comprendre », mais seulement d’« expliquer », il convient de préférer l’usage raisonné des modes d’analyse susceptibles d’apporter une réponse à la question sociologique posée. Ces conseils sont déclinés à toutes les phases de la recherche, construction de l’échantillon, analyse des données, mais aussi écriture du rapport de recherche, qui fait l’objet du dernier paragraphe de l’ouvrage. Introduction aisément abordable, mais dense et rigoureuse, L’analyse de données quantitatives constitue donc un accompagnement idéal pour tous ceux qui souhaitent apprendre les méthodes quantitatives en sciences sociales, et un complément appréciable pour les enseignants soucieux de trouver des manières pédagogiques d’expliquer les statistiques.

[1] Laboratoire SENSE, Orange Labs


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