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Politiques de la relation. Approche sociologique des métiers et activités professionnelles relationnelles

Un ouvrage de Lise Démailly (Presse Universitaire du Septentrion, Coll. « Sociologie », 2008)

publié le lundi 5 janvier 2009

Domaine : Sociologie

Sujets : Professions

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Par Samuel Lézé [1]

Quel que soit le secteur d’activité considéré, privé comme publique, la gestion des « relations » est devenue un enjeu incontournable, une compétence valorisée dans l’exercice même de sa profession (médicale, sociale ou éducative, par exemple). Parallèlement à ce mouvement, la demande et l’offre de métiers relationnels ne cessent de prendre de l’importance (coaching, psychothérapie, par exemple) dans un contexte historique où l’exhibition de l’intime dans les médias se généralise. Ce sont les différentes dimensions de ce phénomène social où la composante psychologique ou émotionnelle est centrale que tente de tenir ensemble Lise Démailly dans cet ouvrage très stimulant qui ouvre par conséquent sur une problématique sociologique plus générale sur la valorisation du relationnel dans l’espace social tout en se démarquant des facilités ou des généralités d’usage sur la psychologisation-dépolitisation de la société, catégorie plus polémique et hyperbolique que véritablement analytique. L’auteur propose d’ailleurs de cette littérature confuse une très utile clarification pour distinguer tous les problèmes auxquels répond pêle-mêle cette notion, mais au lieu de la répudier [2] elle s’attache à en montrer son envers positif comme la subjectivation des individus, la résistance au pouvoir et le contrepied à la bureaucratisation (pp. 44-56).

L’ouvrage se fonde sur des enquêtes empiriques sur le champ éducatif et de la santé mentale qui ont été menées sur une durée de 20 ans dans une perspective de sociologie des professions et du travail dont Lise Démailly mobilise méthodiquement la littérature et les clés de lecture. La composition générale du texte est progressive, analytique et systématique.

La première partie délimite les « métiers de la relation » en interrogeant d’abord leur place et spécificité du point de vue socioéconomique (accroissement du nombre d’emploi), politique (question de la psychologisation), technologique (formalisation du travail de relation au travers de « technologie du social ») et axiologique (image morale qui active la passion ou la vocation pour le relationnel). Le deuxième chapitre insiste ensuite sur trois dimensions analytiques (pluralisme des modes de professionnalisation, dimension économique et éthico-politique de la professionnalité, problème de la comparaison et généralisation des données) à prendre en considération dans l’étude des métiers de la relation. Le troisième chapitre analyse plus spéciquement le contenu du travail relationnel, le travail émotionnel (gestion des impressions et des informations, typologie des registres d’action, rapport à autrui) et son cadre symbolique d’exercice (qui ouvre sur une discussion sur le phénomène de la désinstitutionnalisation et ses limites, pp. 130-135). Enfin, le cinquième chapitre porte sur la reconnaissance du savoir professionnel relationnel et, là encore, plaide pour une analyse multidimensionnelle de la professionalité pour dégager ce qui serait spécifique aux métiers de la relation.

Or, dans le contexte actuel de rationalisation des pratiques professionnelles, cette spécificité est une vulnérabilité. La deuxième partie explore l’impact de cinq mutations sur les métiers de la relation : en premier lieu, le dispositif managérial qui « enrôle les subjectivités » (p. 197), oblige aux « résultats » en gouvernant un espace localisé et territorialisé au travers de nouveaux agents d’interfaces. En second lieu, l’obligation de coordination interprofessionnelle et l’organisation en réseau (de santé mentale, notamment). En troisième lieu, Lise Démailly prend au sérieux la technologie Internet et ses usages par les métiers de la relation, depuis la diffusion de leur savoir et présentation de soi jusqu’aux mobilisations collectives en passant par la création d’un nouveau marché. En quatrième lieu, le développement de la logique consumériste et l’émergence de la figure des « usagers », qui est analysée ici dans toute son ambiguïté (pp. 295-324). En cinquième et dernier lieu, la rationalisation du travail relationnel en tant que tel qui vise à formaliser les « bonnes » pratiques en établissant, par exemple, des procédures.

Il y a plusieurs lectures possibles de cet ouvrage dense et riche en piste analytique, selon que l’on s’attache à la spécification sociologique de la démarche ou à la spécification sociologique de l’objet. En ne cessant d’expliciter toutes les difficultés auxquelles peut se heurter le sociologue dans l’étude d’une profession et en proposant un modèle analytique multidimensionnel, la sociologie des professions se voit dotée d’un ouvrage synthétique tout à fait fondamental et rigoureux, aussi utile aux chercheurs qu’aux étudiants. C’est la lecture sur laquelle j’ai ici le plus insisté en ne discutant pas de l’analyse du champ de la santé mentale sur lequel se fonde une grande partie de l’ouvrage en le parcourant de part en part. Il y a là matière à débat, car la recherche de la positivité de la psychologisation et de la spécificité des métiers de la relation, n’est certainement pas sans lien avec la rhétorique professionnelle de revendication de spécificité des intéressés eux-mêmes (je pense ici aux psychanalystes) auxquels l’auteur nous invite pourtant à prendre garde (p. 90). De même, je ne suis pas convaincu que l’introduction en sociologie de notion propre à un « métier de la relation », comme celle de « transfert » (p. 135), puisse véritablement éclairer le contenu de la relation en jeu.

NOTES

[1Anthropologue, chercheur postdoctoral au CNRS et membre de L’Institut de Recherche Interdisciplinaire sur les enjeux Sociaux, (IRIS, EHESS, Paris). Il est l’auteur d’une thèse d’anthropologie sociale et d’Ethnologie intitulée L’autorité des psychanalystes. L’espace politique de la santé mentale (1997-2007), EHESS, 2008. Son blog, consacré à l’anthropologie politique de la santé mentale, est référencé sur Liens socio : http://www.sleze.fr.

[2Pour ma part, je tiens la thèse de la psychologisation, quelqu’en soit d’ailleurs le sens et l’objet, pour une prénotion savante et un des principaux obstacles épistémologiques à la sociologie de la santé mentale. Sur ce point, je me permets de renvoyer à « Les politiques du trouble », in Samuel Lézé (ed.) Le sens du mal-être. Études d’anthropologie de la santé mentale, Paris, Éditions Economica - Anthropos, 2009, pp. 4-25 (à paraitre)

Note de la rédaction

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