Article publié le jeudi 4 octobre 2007 dans



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La touche de "Zones"

La Découverte lance une nouvelle collection le 11 octobre 2007. Une édition originale, à plus d’un titre...


Par Igor Martinache

Le 11 octobre 2007, les éditions La Découverte lancent une collection d’un nouveau genre. « Zones » - car tel est son nom- se présente comme « un espace de résistance éditoriale ». Ainsi que le proclame la plaquette, sans doute inspirée par le contexte politique, « nous entrons dans une phase de réaction et de résistances, un long hiver dans lequel des batailles s’annoncent. Il nous faudra des espaces pour construire de nouvelles offensives, où il sera possible, sans perdre la mémoire, de fourbir de nouvelles armes, de conduire de nouvelles expérimentations, mais aussi de retrouver d’anciens chemins de traverse ».

Et la plaquette de l’éditeur de rappeler ensuite que la « zone » désignait autrefois cet espace de friches situées entre le boulevard périphérique et les anciennes fortifications de Paris. Un territoire sur lequel s’érigeaient des habitations de fortune malgré l’interdiction de construire, et dont l’appellation a fait florès bien que l’origine en ait été largement oubliée.

Cette nouvelle collection des éditions La Découverte - dont force est de reconnaître le rôle majeur en matière de sciences sociales- se veut donc l’équivalent contemporain de cette « zone » dans le champ éditorial : un de ces « espaces périphériques, détournés et souvent louches, marginaux et subalternes, où se trament les rebellions ». Rien que ça. L’ambition affichée est cependant servie par un certain nombre de dispositifs originaux dont l’avenir nous dira s’ils sont effectivement inspirés. Ainsi, les publications s’axeront autour de la contre-culture, du militantisme, son histoire et ses techniques, avec cependant un accent apporté aux nouvelles formes de contestation. Ajoutons à cela que, d’un point de vue sociologique, l’exploration des marges offrent bien souvent un poste d’observation privilégié pour révéler la structure d’une société, et plus particulièrement ses valeurs et ses évolutions.

A partir de là, tous les genres et tous les formats seront les bienvenus : de la réédition de classiques de la tradition militante plus ou moins oubliés, à l’édition d’enquêtes sociales, de récits de luttes ou d’autobiographies, le tout étant qu’ils « ouvrent la voie à des alternatives concrètes ». Le public visé est ainsi plus jeune que le lectorat traditionnel des sciences sociales, et c’est sans doute là que se situe le pari le plus osé des concepteurs de « Zones ».

Car, misant sur la complémentarité et non la concurrence des médias, la majorité des textes publiés sera offerte gratuitement en ligne, agrémentée qui plus est de dossiers et modules complémentaires dont l’objectif affiché sera de « fédérer en ligne des communautés de lecteurs ». Derrière cette idée repose cependant un principe bien connu des praticiens du marketing, à savoir la correspondance entre le niveau de notoriété et celui des ventes d’une marque donnée ; Retraduit dans un vocabulaire militant, cela donne « l’axiome de Wu-Ming » selon lequel plus une œuvre circule et plus elle se vend. Car, un internaute séduit par le texte aura soit une réticence à imprimer l’ensemble du texte sous format A4, que ce soit pour lui, ou plus encore pour l’offrir. Sans parler des effets commercialement bénéfiques du bouche-à-oreille...

Deux impératifs s’imposent dès lors aux textes qui seront amenés à être publiés. D’abord d’être d’une qualité suffisante pour rencontrer leur public- et susciter chez l’envie de les partager avec le plus grand nombre ! Ensuite, qu’ils donnent envie d’acquérir le format « papier », autrement dit que l’objet livresque soit loin de se résumer au texte. A cette fin, les initiateurs de la collection misent sur une forte identité graphique, à travers un « travail sur la forme, le format et le mode de diffusion [qui] tradui[se] matériellement le désir que d’autres choses (re)deviennent possibles ».

Au regard des trois premiers titres de la collection (Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie écrit en 1928 par Edward Bernays, le neveu de Sigmund Freund, et qui constitue un classique des relations publiques pour Noam Chomsky, Petite histoire de la voiture piégée, consacré comme son nom l’indique à cette forme particulière d’attentat, signé par Mike Davis, sociologue inclassable auteur entre autres de l’édifiant City of Quartz consacré à l’urbanisation de Los Angeles, et Col blanc, roman graphique de Giacomo Patri (un des inventeurs du genre qu’incarnent aujourd’hui des auteurs comme Art Spiegelman) qui raconte tout en images la vie quotidienne d’une famille de classes moyennes américaine au moment de la crise de 1929), cette ambition consistant à proposer de beaux livres semble confirmée. Reste à savoir si l’essai que constitue ce projet original sera transformé. Pour cela, la visite s’impose : www.editions-zones.fr/.



Un site internet à consulter...

ZONES
http://www.editions-zones.fr